Suite à l’enthousiasme suscité par l’article précédent et aux nombreuses demandes pour aller plus loin, il était clair qu’un second volet s’imposait. Vous étiez nombreux à demander des solutions concrètes, directement applicables au quotidien.
Je me suis donc mise en action 🙂
L’objectif de cet article est simple : proposer des ajustements pratiques pour faciliter l’entrée dans l’activité, à l’école, à la maison ou dans les situations de communication, sans chercher à analyser les causes, mais en offrant des pistes immédiatement testables.
Certaines de ces idées sont issues de la pratique, d’autres de retours de familles et d’enfants, et beaucoup ont déjà fait leurs preuves sur le terrain.
1. Récompenser le démarrage, pas la performance
La récompense porte sur le fait d’avoir commencé :
sortir les affaires, ouvrir le cahier, s’installer, poser la tablette sur la table.
- Exemple devoir :
→ « Tu as sorti le cahier et le stylo, ok, chewing-gum. » - Exemple CAA :
→ tablette sortie et accessible = accès immédiat à une activité plaisante courte.
👉 Commencer compte déjà.
2. Réguler avant de demander
Avant de solliciter l’enfant, il est souvent utile de proposer un temps de régulation bref, afin de faciliter l’entrée dans l’activité.
- Oral / proprioceptif :
chewing-gum, aliment croquant (noix de cajou, cracker). - Olfactif :
odeur familière et contenante (parfum connu, odeur de cuisine). - Tactile / corporel :
massage très court (30–60 secondes) avant de commencer. - Environnement :
épurer l’espace, limiter les objets sur la table, réduire les sources visuelles et sonores inutiles, préparer le matériel nécessaire à l’avance.
👉 On cherche à rendre le contexte plus favorable avant le démarrage, plutôt que d’intervenir une fois l’activité lancée.
3. Utiliser la musique comme rituel d’entrée
La musique peut servir de signal de départ.
- Exemple parlant : « Loup y es-tu ? » pour l’habillage
- Chanson inventée autour de la tâche
- Musique d’un dessin animé ou d’un univers apprécié
👉 Ne pas hésiter à rendre ça rigolo et à s’appuyer sur un centre d’intérêt fort.

4. Ne pas être seul à “travailler”
Il est presque toujours plus facile de s’engager quand d’autres sont aussi en activité.
- Faire la course pour s’habiller
- Parent qui cuisine pendant que l’enfant fait ses devoirs
- Enfant qui épluche des légumes pendant que le parent prépare le repas
- Les odeurs de cuisson peuvent aussi soutenir l’engagement
👉 C’est forcément plus sympa que de devoir travailler seul pendant que les autres s’amusent. Et ça évite aux adultes de s’agacer devant le « temps perdu ».

5. Théâtraliser pour contourner l’opposition
Chez certains enfants, le réflexe d’opposition est très fort.
Le jeu permet parfois de le court-circuiter.
- Exagérer :
« Surtout ne prends PAS le stylo… ah non… NON… » - Inverser :
« Bon bah si tu ne le fais pas, je vais le faire moi… »
👉 Le rire et la surprise font baisser le coût émotionnel du démarrage. Et dès fois simplement on mobilise ce besoin de maitrise et d’opposition.
6. Modéliser l’entrée dans la tâche (métacognition)
L’adulte peut montrer comment il s’y prend lui-même.
- Se mettre à la tâche à côté de l’enfant
- Verbaliser à voix haute :
- « J’ai du mal à m’y mettre là… »
- « Je vais penser au plaisir que j’aurai quand ce sera fini. »
- « Je mets ma radio préférée avant de plier le linge. »
👉 On montre comment commencer, pas comment réussir.
7. Rendre la fin visible dès le début
Rendre la fin visible permet de réduire fortement le coût d’entrée dans l’activité, en particulier pour les enfants autistes.
Concrètement, cela peut passer par :
- montrer ce qui est à faire avant de commencer,
- expliciter quand l’activité s’arrête,
- limiter volontairement le volume de travail proposé.
Exemples visuels :
- sortir 4 perles et le lacet, plutôt que poser le seau entier de perles sur la table,
- présenter uniquement les feuilles ou exercices concernés, pas le dossier complet,
- disposer sur la table seulement le matériel nécessaire à cette activité.
Exemples de phrases liées aux devoirs :
- « On fait ces deux phrases et on s’arrête. »
- « On travaille 8 minutes, puis on arrête quoi qu’il arrive. »
- « On commence par cette question, le reste sera pour plus tard. »
Il est tout à fait possible de décider à l’avance que l’entraînement durera un temps défini (par exemple 8 minutes), et que l’activité s’arrêtera à la fin de ce temps, même si tout n’est pas terminé.
👉 Nous ne sommes pas obligés de tout finir pour que le travail ait du sens. Le fait de s’être engagé pendant un temps donné est déjà un objectif en soi. Un peu de frustration parce que finalement on appréciait l’activité et le travail peut aussi s’avérer un investissement pour la prochaine fois 🙂

8. Apprendre à estimer le temps
- Demander : « Tu penses que ça va prendre combien de temps ? »
- Mettre un chronomètre
- Comparer ensuite estimation / réalité
👉 Le temps devient plus prévisible et moins envahissant. Cela ajoute un petit défi ou permet de dédramatiser.
9. Clarifier la première action (et seulement celle-là)
- Pas toute la consigne
- Pas toute la tâche
- Juste le premier pas possible
Exemples :
- devoir → « écris ton prénom »
- CAA → « pose la tablette sur la table »
10. Utiliser des check-lists et des supports visuels simples
Des check-lists très courtes ou des supports visuels aident à savoir par où commencer.
- Une liste de 2–3 étapes maximum
- Des cases à cocher
- Des objets sortis un par un sur la table
👉 Voir l’étape suivante réduit fortement la paralysie du démarrage.
En résumé
Quand entrer dans une activité est compliqué, il n’y a pas une bonne solution unique. L’idée n’est pas de chercher pourquoi ça bloque, mais d’essayer des astuces, de voir ce qui aide vraiment… et de laisser tomber ce qui ne fonctionne pas.
Certaines stratégies marcheront un jour et moins le lendemain. C’est normal. Ajuster, changer, renouveler permet aussi de maintenir l’intérêt et d’éviter que l’entrée dans l’activité ne devienne un nouveau point de tension
Si malgré tout l’entrée dans l’activité reste difficile, ce n’est pas un échec. Cela peut simplement indiquer qu’il est temps d’observer autrement, de demander un regard extérieur ou d’essayer encore autre chose.
Et souvent, c’est dans ces ajustements successifs que l’engagement finit par devenir possible.
Si le sujet vous intéresse, je proposerai dans un prochain article une liste de phrases que l’enfant pourra utiliser pour décrire ce qui le freine au moment de commencer : des difficultés techniques, des sensations désagréables, des émotions ou des ressentis qui ralentissent ou empêchent la mise en activité.

