Ne pas reconnaître les troubles praxiques : le risque de fabriquer du surhandicap

Cet article s’inscrit dans une série consacrée à l’apraxie et aux troubles praxiques. C’est un sujet qui me tient particulièrement à cœur, parce qu’il reste encore trop souvent sous-estimé dans l’accompagnement des personnes concernées par des situations complexes de communication, des maladies génétiques rares, ce que l’on appelle le polyhandicap ou certains troubles neurodéveloppementaux.

Depuis près de 25 ans, j’accompagne des personnes dites polyhandicapées, ainsi que des enfants, adolescents et adultes concernés par des situations dans lesquelles les défis moteurs, sensoriels, médicaux, cognitifs, communicationnels, épileptiques et douloureux s’entremêlent.

Au fil du temps, une conviction clinique s’est imposée : une partie du handicap vécu au quotidien ne vient pas seulement de la maladie, du syndrome ou de l’atteinte neurologique initiale. Elle vient aussi de ce que l’environnement comprend, attend, propose — ou ne propose plus.

Cette idée n’est pas nouvelle pour moi. Déjà en 2001, dans ma lettre de motivation pour mon premier emploi, alors que j’avais 20 ans, j’écrivais l’importance d’éviter le surhandicap. À l’époque, je n’avais pas encore tous les mots, toutes les références, ni toute l’expérience pour l’expliquer. Mais l’intuition était déjà là : quand on sous-estime une personne, quand on ne comprend pas ce qui bloque réellement son accès à l’action, à la communication ou aux apprentissages, on risque d’ajouter des obstacles aux obstacles.

Aujourd’hui, la littérature scientifique, les ressources professionnelles et les témoignages de personnes concernées sont beaucoup plus accessibles, notamment grâce à Internet. Cela m’a permis de confirmer, préciser et parfois affirmer plus clairement des intuitions cliniques construites sur le terrain. Ce que j’observais en partageant le quotidien de personnes dites « polyhandicapées » trouve de plus en plus d’échos dans les recherches autour de l’apraxie, de la dyspraxie, de la planification motrice, de l’accès au geste et de la participation.

Je continue d’apprendre tous les jours des familles, des enfants, des adolescents, des adultes et de leur entourage. C’est à leurs côtés que je repère, toujours avec joie, les micro-réussites, les variations selon les contextes, les gestes qui apparaissent quand la pression baisse, les compétences qui émergent quand on change le temps d’attente, la posture, l’activité, l’outil ou la manière de demander.

Le sujet de cet article n’est donc pas de tout expliquer par les troubles praxiques. Ce serait réducteur. Les situations sont complexes, les profils sont différents, et les difficultés peuvent être motrices, sensorielles, attentionnelles, cognitives, médicales, émotionnelles ou environnementales.

Mais ne pas reconnaître les troubles praxiques est un risque majeur.

Parce que si l’on ne repère pas la part des troubles praxiques, on peut croire que la personne ne comprend pas, ne veut pas, n’apprend pas, ne choisit pas, ou n’a pas de projet possible. Et c’est souvent à partir de cette mauvaise lecture que l’environnement commence à se réduire : moins de choix, moins d’exigences ajustées, moins d’apprentissages, moins de communication, moins de participation réelle.

C’est là que peut se fabriquer du surhandicap.

Le corps ne montre pas toujours ce que la personne comprend. Et c’est précisément pour cela qu’il faut apprendre à regarder autrement.

Le surhandicap : quand les difficultés s’ajoutent aux difficultés

Le surhandicap peut être défini comme l’aggravation d’une situation de handicap initiale, lorsque des difficultés secondaires viennent s’ajouter aux troubles déjà présents.

Ces difficultés secondaires peuvent être médicales, motrices, psychiques, relationnelles, comportementales, scolaires, sociales ou liées à l’environnement. Elles ne sont pas toujours directement causées par la maladie ou le trouble initial : elles peuvent aussi se construire au fil du temps, quand l’environnement ne comprend pas suffisamment ce qui gêne réellement la personne.

Office québécois de la langue française — Surhandicap
Cairn — Personne polyhandicapée, chapitre sur le polyhandicap

C’est dans ce sens que je parle ici du risque de “fabriquer du surhandicap”.

Les troubles praxiques n’expliquent pas tout, mais ils doivent être recherchés et reconnus

Il ne s’agit pas de dire que les troubles praxiques expliquent tout. Ce serait faux, et cela réduirait des situations souvent très complexes à un seul mécanisme.

Mais dans plusieurs maladies génétiques rares et troubles neurodéveloppementaux, les difficultés praxiques, la dyspraxie, les difficultés de planification motrice ou d’initiation du mouvement sont décrites, observées cliniquement, ou suffisamment probables pour ne pas être mises de côté. C’est notamment le cas dans le syndrome de Rett, le syndrome d’Angelman, les syndromes liés au chromosome 8p, le syndrome de Pitt-Hopkins, le syndrome de Kleefstra ou encore la délétion 22q11.2.

Selon les syndromes, les publications parlent parfois explicitement d’apraxie ou de dyspraxie ; parfois elles décrivent plutôt des difficultés de motricité fine, de coordination, de planification motrice, d’initiation, de parole, de gestes fonctionnels ou d’autonomie quotidienne.

Et c’est précisément le problème : ce n’est pas parce que les troubles praxiques ne figurent pas clairement dans la description d’un syndrome qu’ils sont absents chez les personnes concernées.

Ils peuvent être insuffisamment décrits, peu recherchés, ou intégrés trop vite dans des catégories plus larges comme “défis cognitifs”, “déficience intellectuelle”, “retard global”, “troubles du comportement” ou “manque d’autonomie”. Faute d’une analyse fine de l’accès au geste, à la communication et à la participation, on risque alors de confondre ce que la personne ne peut pas organiser corporellement avec ce qu’elle ne comprendrait pas.

Concernant l’autisme, la formulation doit aussi rester nuancée : on ne parle pas toujours d’apraxie au sens strict, et l’étiologie n’est pas toujours connue. Mais les difficultés motrices, le trouble développemental de la coordination, les difficultés d’initiation ou de planification du geste sont suffisamment documentés pour ne pas être considérés comme anecdotiques. Des travaux récents soulignent notamment le chevauchement important entre les difficultés motrices observées dans l’autisme et celles du trouble développemental de la coordination. Motor problems in autism: Co-occurrence or feature?

On peut également garder en tête certaines situations de paralysie cérébrale. Dans ce contexte, les troubles neuromusculaires, le tonus, la posture, les mouvements involontaires ou les limitations articulaires sont souvent au premier plan. Mais cela ne doit pas empêcher de se demander si des difficultés d’organisation du geste, d’initiation ou de planification motrice participent aussi à ce que l’on observe.

Ce texte s’appuie aussi sur ma pratique d’ergothérapeute auprès d’enfants et adolescents concernés par ces syndromes rares, et sur les échanges avec leurs familles.

L’absence de description fine dans les fiches syndromiques ne doit pas devenir une preuve d’absence.

L’enjeu n’est donc pas d’utiliser l’apraxie comme explication unique, mais de ne pas l’effacer derrière le reste.

Le corps ne montre pas toujours ce que la personne comprend

Quand une personne ne réalise pas un geste attendu, on peut être tenté de regarder uniquement le résultat visible : la main ne part pas, le regard ne se fixe pas, la réponse ne vient pas, le mouvement est incomplet, l’action s’interrompt.

Mais ce résultat visible ne dit pas tout.

Il peut bien sûr exister des difficultés motrices plus directement identifiables : troubles du tonus, faiblesse musculaire, mouvements involontaires, douleur, fatigue, limitation articulaire, troubles posturaux, troubles visuels ou sensoriels. Ces difficultés doivent être prises au sérieux. Elles peuvent, à elles seules, limiter fortement l’accès au geste, au déplacement, aux manipulations ou aux activités du quotidien.

Mais elles ne doivent pas empêcher de penser aussi les troubles praxiques.

Une personne peut avoir suffisamment de force ou de mobilité pour bouger la main, mais ne pas réussir à initier le geste au bon moment.

Elle peut avoir la capacité de regarder, mais ne pas réussir à organiser son regard vers une cible précise dans une situation de demande.

Elle peut avoir déjà réussi une action, mais ne pas pouvoir la reproduire sur consigne, sous pression, ou dans un contexte différent.

Elle peut comprendre ce qui est attendu, mais rester bloquée dans le passage entre l’intention et l’action.

C’est souvent ce décalage qui rend les troubles praxiques si difficiles à reconnaître. De l’extérieur, on observe une absence de réponse, une lenteur, une variabilité, un mouvement qui semble “mal dirigé” ou une action qui n’aboutit pas. Mais de l’intérieur, la personne peut être en train d’essayer, d’anticiper, de chercher comment faire, de lutter contre un corps qui ne répond pas de manière fiable.

Le corps ne montre donc pas toujours ce que la personne comprend.

Il ne montre pas toujours ce qu’elle veut.

Il ne montre pas toujours ce qu’elle sait.

Et il ne montre pas toujours ce qu’elle pourrait faire avec plus de temps, un meilleur appui postural, une demande plus lisible, un environnement moins chargé, une activité plus signifiante ou une autre modalité d’accès.

C’est pour cela que l’observation doit rester prudente. Une performance absente, lente, incomplète ou fluctuante ne suffit pas à conclure à une absence de compréhension, de motivation ou de potentiel.

Quand l’environnement s’organise autour d’une mauvaise interprétation

Le risque commence quand l’environnement prend cette performance visible comme une preuve.

Si la personne ne répond pas, on pense qu’elle ne comprend pas.

Si elle ne fait pas le geste, on pense qu’elle ne veut pas.

Si elle ne réussit pas dans le temps attendu, on pense qu’elle n’a pas le niveau.

Si elle bouge autrement que prévu, on interprète le mouvement comme un refus, une opposition ou un comportement inadapté.

Si elle réussit une fois puis échoue ensuite, on peut penser qu’elle “fait exprès”, qu’elle n’est pas intéressée, que les réussites étaient liées au hasard, qu’elle n’est pas fiable, ou qu’elle ne mobilise pas vraiment ses compétences.

À partir de là, l’environnement peut commencer à se réorganiser autour d’attentes trop basses.

On pose moins de vraies questions.

On propose moins de choix.

On simplifie trop vite les activités.

On réduit les apprentissages.

On fait plus souvent à la place.

On laisse moins de temps, ou un temps qui n’est pas réellement utilisable par la personne.

On évite les situations nouvelles.

On limite les occasions de décider, d’essayer, de se tromper, de recommencer, de participer.

Lorsque des attentes basses sont projetées sur une personne, elles peuvent finir par limiter les occasions proposées, la qualité des interactions, les apprentissages attendus et la performance observée.

La personne n’est alors plus seulement limitée par ses difficultés motrices, sensorielles ou praxiques. Elle est aussi limitée par ce que l’entourage croit possible pour elle.

C’est là que le surhandicap se fabrique.

Non pas parce que les professionnels ou les proches veulent mal faire, mais parce qu’une mauvaise interprétation répétée finit par organiser toute la vie quotidienne : les attentes, les activités proposées, les moyens de communication, les apprentissages, la place donnée dans les décisions, les occasions de participer.

Le problème n’est pas seulement de “mal lire” un geste.

Le problème est ce qui se passe ensuite.

Quand on sous-estime durablement une personne, on construit autour d’elle un monde plus petit que ses possibilités réelles.

L’effet Golem

Ce mécanisme rejoint ce que l’on appelle l’effet Golem : lorsque des attentes basses sont projetées sur une personne, elles peuvent finir par limiter les occasions proposées, la qualité des interactions, les apprentissages attendus et la performance observée.

J’ai découvert ce terme grâce au travail de Marylin Poueyto autour de l’éducabilité. Ses apports aident à comprendre comment les attentes de l’entourage peuvent influencer la communication, la scolarisation et les apprentissages des personnes concernées. Lire ici son article sur l’éducabilité .

Vous retrouverez également en bas de page un webinaire passionnant que nous avons fait ensemble pour l’AFSR au sujet des apprentissages et de la communication.

Conclusion – Reconnaître les troubles praxiques est une nécessité

Reconnaître les troubles praxiques ne veut pas dire exiger davantage sans aide. Cela veut dire chercher plus justement ce qui empêche l’accès à l’action, puis organiser les conditions pour que la personne puisse montrer davantage ce qu’elle comprend, ce qu’elle veut, ce qu’elle pense et ce qu’elle peut apprendre.

C’est une condition essentielle pour éviter de fabriquer du surhandicap.

Les prochains articles poursuivront cette réflexion autour de la communication et de l’apraxie, de la nécessité de présumer du potentiel, puis des pistes concrètes pour soutenir l’accès à l’action, à la communication et à la participation lorsque les troubles praxiques ou d’autres défis moteurs compliquent le passage à l’action. J’espère aussi pouvoir vous partager des vignettes cliniques, expériences de terrain qui ont contribué à construire ma pratique.

Pour aller plus loin :

Article scientifique de référence sur les effets Pygmalion, Galatée et Golem

Babad, E. Y., Inbar, J., & Rosenthal, R. (1982). Pygmalion, Galatea, and the Golem: Investigations of biased and unbiased teachers. Journal of Educational Psychology, 74(4), 459–474.

Webinaire de l’AFSR : Communication et scolarisation : quelles perspectives pour les personnes avec syndrome de Rett ?
Dans ce webinaire, Marylin Poueyto décrit très clairement les effets Golem et Pygmalion sur la communication, la scolarisation et les apprentissages des personnes concernées par le syndrome de Rett. Les notions importantes sont abordées dans la première partie du webinaire, puis les pistes pratiques arrivent ensuite avec notamment la participation de Caroline Fafchamps enseignante belge.

L’application APO : un nouvel outil pour observer la douleur

Les troubles de la communication rendent souvent difficile l’évaluation de la douleur.
Pour aider les familles et les soignants, la commission pédiatrique de la SFETD (Société Française d’Étude et de Traitement de la Douleur) a créé une application gratuite : APO.

  • APO est soutenue par la SFETD et la Direction Générale de la Santé, pensée pour les enfants, adolescents et jeunes adultes ayant des troubles de la communication, dont les personnes avec syndrome de Rett.

📱 L’application APO guide pas à pas les parents dans l’observation de la douleur :

  • changements de tonus, de regard, de respiration,
  • agitation inhabituelle, troubles du sommeil, crispations…
    À la fin, elle donne un score de douleur et des conseils adaptés : donner un antalgique, prévenir le médecin, ou observer à nouveau plus tard.

Elle peut être utilisée à la maison, à l’école ou en structure.
C’est une aide précieuse pour ne plus rester seul face au doute.

Je l’ai testée pour vous et je serais preneuse des retours de chacun.es. Alors n’hésitez pas à revenir m’en parler après utilisation 🙂

Points forts de l’application APO

  • Elle répond à un vrai besoin : aider les proches et les professionnels à évaluer la douleur chez des personnes qui communiquent difficilement, notamment en cas de déficience cognitive, TSA, paralysie cérébrale ou polyhandicap.
  • Elle rassemble les informations importantes : un seul endroit, sur un objet – le téléphone – que tous les aidants possèdent.
  • Elle structure l’observation : on peut créer un « passeport douleur », enregistrer les épisodes suspects et envoyer un rapport au médecin.
  • Elle facilite la transmission médicale : l’application est pensée pour rendre la consultation plus efficace, avec une synthèse de ce qui a été observé.
  • Elle est pratique à remplir : lors de mon essai, j’ai trouvé l’ergonomie agréable, claire, et plutôt adaptée à un usage quotidien.
  • Elle vient d’une vraie expérience de terrain. APO a d’abord été créée autour de l’expérience de patients migraineux, puis élargie à l’observation de la douleur chez les personnes non ou peu oralisantes, notamment les enfants, adolescents et jeunes adultes ayant des difficultés de communication.

Points de vigilance

  • Oui, c’est encore une application. Il faut avoir un téléphone, penser à l’utiliser, garder les accès, gérer les mises à jour. Dans un quotidien déjà chargé, ce n’est pas toujours facile, et cela ne doit pas devenir un stress supplémentaire
  • Attention aux données. Si l’application disparaît, change, ou si le téléphone est perdu, il ne faut pas que tout l’historique disparaisse avec. Mieux vaut exporter ou sauvegarder régulièrement les rapports importants.
  • APO ne remplace évidemment pas le médecin. Elle sert d’assistant pour enregistrer, analyser et mieux rendre compte. Elle ne prescrit pas le traitement. Elle ne traite pas la douleur.
  • Le score ne doit pas remplacer la connaissance de la personne. Si les proches sentent que quelque chose ne va pas, mais que l’outil ne le montre pas clairement, il faut continuer à chercher. L’application aide à observer et transmettre, mais elle ne connaît pas les petits signes propres à chaque personne, ses habitudes, son histoire et ses modes d’expression.

Télécharger APO – Compagnon Santé sur Google Play

Télécharger APO – Compagnon Santé sur AppStore

🔗 Découvrir APO – Compagnon Santé sur Pédiadol

Astuces pratiques pour se mettre en activité

Suite à l’enthousiasme suscité par l’article précédent et aux nombreuses demandes pour aller plus loin, il était clair qu’un second volet s’imposait. Vous étiez nombreux à demander des solutions concrètes, directement applicables au quotidien.

Je me suis donc mise en action 🙂
L’objectif de cet article est simple : proposer des ajustements pratiques pour faciliter l’entrée dans l’activité, à l’école, à la maison ou dans les situations de communication, sans chercher à analyser les causes, mais en offrant des pistes immédiatement testables.

Certaines de ces idées sont issues de la pratique, d’autres de retours de familles et d’enfants, et beaucoup ont déjà fait leurs preuves sur le terrain.

1. Récompenser le démarrage, pas la performance

La récompense porte sur le fait d’avoir commencé :
sortir les affaires, ouvrir le cahier, s’installer, poser la tablette sur la table.

  • Exemple devoir :
    → « Tu as sorti le cahier et le stylo, ok, chewing-gum. »
  • Exemple CAA :
    → tablette sortie et accessible = accès immédiat à une activité plaisante courte.

👉 Commencer compte déjà.

2. Réguler avant de demander

Avant de solliciter l’enfant, il est souvent utile de proposer un temps de régulation bref, afin de faciliter l’entrée dans l’activité.

  • Oral / proprioceptif :
    chewing-gum, aliment croquant (noix de cajou, cracker).
  • Olfactif :
    odeur familière et contenante (parfum connu, odeur de cuisine).
  • Tactile / corporel :
    massage très court (30–60 secondes) avant de commencer.
  • Environnement :
    épurer l’espace, limiter les objets sur la table, réduire les sources visuelles et sonores inutiles, préparer le matériel nécessaire à l’avance.

👉 On cherche à rendre le contexte plus favorable avant le démarrage, plutôt que d’intervenir une fois l’activité lancée.

3. Utiliser la musique comme rituel d’entrée

La musique peut servir de signal de départ.

  • Exemple parlant : « Loup y es-tu ? » pour l’habillage
  • Chanson inventée autour de la tâche
  • Musique d’un dessin animé ou d’un univers apprécié

👉 Ne pas hésiter à rendre ça rigolo et à s’appuyer sur un centre d’intérêt fort.

4. Ne pas être seul à “travailler”

Il est presque toujours plus facile de s’engager quand d’autres sont aussi en activité.

  • Faire la course pour s’habiller
  • Parent qui cuisine pendant que l’enfant fait ses devoirs
  • Enfant qui épluche des légumes pendant que le parent prépare le repas
  • Les odeurs de cuisson peuvent aussi soutenir l’engagement

👉 C’est forcément plus sympa que de devoir travailler seul pendant que les autres s’amusent. Et ça évite aux adultes de s’agacer devant le « temps perdu ».

5. Théâtraliser pour contourner l’opposition

Chez certains enfants, le réflexe d’opposition est très fort.
Le jeu permet parfois de le court-circuiter.

  • Exagérer :
    « Surtout ne prends PAS le stylo… ah non… NON… »
  • Inverser :
    « Bon bah si tu ne le fais pas, je vais le faire moi… »

👉 Le rire et la surprise font baisser le coût émotionnel du démarrage. Et dès fois simplement on mobilise ce besoin de maitrise et d’opposition.

6. Modéliser l’entrée dans la tâche (métacognition)

L’adulte peut montrer comment il s’y prend lui-même.

  • Se mettre à la tâche à côté de l’enfant
  • Verbaliser à voix haute :
    • « J’ai du mal à m’y mettre là… »
    • « Je vais penser au plaisir que j’aurai quand ce sera fini. »
    • « Je mets ma radio préférée avant de plier le linge. »

👉 On montre comment commencer, pas comment réussir.

7. Rendre la fin visible dès le début

Rendre la fin visible permet de réduire fortement le coût d’entrée dans l’activité, en particulier pour les enfants autistes.

Concrètement, cela peut passer par :

  • montrer ce qui est à faire avant de commencer,
  • expliciter quand l’activité s’arrête,
  • limiter volontairement le volume de travail proposé.

Exemples visuels :

  • sortir 4 perles et le lacet, plutôt que poser le seau entier de perles sur la table,
  • présenter uniquement les feuilles ou exercices concernés, pas le dossier complet,
  • disposer sur la table seulement le matériel nécessaire à cette activité.

Exemples de phrases liées aux devoirs :

  • « On fait ces deux phrases et on s’arrête. »
  • « On travaille 8 minutes, puis on arrête quoi qu’il arrive. »
  • « On commence par cette question, le reste sera pour plus tard. »

Il est tout à fait possible de décider à l’avance que l’entraînement durera un temps défini (par exemple 8 minutes), et que l’activité s’arrêtera à la fin de ce temps, même si tout n’est pas terminé.

👉 Nous ne sommes pas obligés de tout finir pour que le travail ait du sens. Le fait de s’être engagé pendant un temps donné est déjà un objectif en soi. Un peu de frustration parce que finalement on appréciait l’activité et le travail peut aussi s’avérer un investissement pour la prochaine fois 🙂

8. Apprendre à estimer le temps

  • Demander : « Tu penses que ça va prendre combien de temps ? »
  • Mettre un chronomètre
  • Comparer ensuite estimation / réalité

👉 Le temps devient plus prévisible et moins envahissant. Cela ajoute un petit défi ou permet de dédramatiser.

9. Clarifier la première action (et seulement celle-là)

  • Pas toute la consigne
  • Pas toute la tâche
  • Juste le premier pas possible

Exemples :

  • devoir → « écris ton prénom »
  • CAA → « pose la tablette sur la table »

10. Utiliser des check-lists et des supports visuels simples

Des check-lists très courtes ou des supports visuels aident à savoir par où commencer.

  • Une liste de 2–3 étapes maximum
  • Des cases à cocher
  • Des objets sortis un par un sur la table

👉 Voir l’étape suivante réduit fortement la paralysie du démarrage.


En résumé

Quand entrer dans une activité est compliqué, il n’y a pas une bonne solution unique. L’idée n’est pas de chercher pourquoi ça bloque, mais d’essayer des astuces, de voir ce qui aide vraiment… et de laisser tomber ce qui ne fonctionne pas.

Certaines stratégies marcheront un jour et moins le lendemain. C’est normal. Ajuster, changer, renouveler permet aussi de maintenir l’intérêt et d’éviter que l’entrée dans l’activité ne devienne un nouveau point de tension

Si malgré tout l’entrée dans l’activité reste difficile, ce n’est pas un échec. Cela peut simplement indiquer qu’il est temps d’observer autrement, de demander un regard extérieur ou d’essayer encore autre chose.

Et souvent, c’est dans ces ajustements successifs que l’engagement finit par devenir possible.

Si le sujet vous intéresse, je proposerai dans un prochain article une liste de phrases que l’enfant pourra utiliser pour décrire ce qui le freine au moment de commencer : des difficultés techniques, des sensations désagréables, des émotions ou des ressentis qui ralentissent ou empêchent la mise en activité.

Webinaire : Assise et Positionnement pour les utilisateurs d’outils de CAA. Introduction.

Un webinaire destiné à l’ensemble des acteurs d’une équipe de CAA !! Qui met en avant l’art et les techniques des ergothérapeutes, des kinésithérapeutes, des orthoprothésistes et de certains revendeurs de matériel médical.

Récemment – en éclusant internet pour retrouver le formulaire questionnaire des réseaux sociaux de Sarah Blackstone (d’ailleurs si quelqu’un là en français merci !) – je suis tombée sur une page internet qui m’a mise en joie 🙂

Sur ce site (à les travaux de Sarah Blackstone sont mis en avant car elle y contribue) des ressources créées par des professionnels de la CAA et des familles sont classées par chapitre du livre Communication Alternative et Améliorée de Pat Mirenda et D. Beukelman aka La bible de la CAA.

Passé un moment d’excitation devant tant de rangement 🙂 et cette bonne idée je me suis penchée sur les webinaires/vidéos que je n’avais pas encore vues.

Dont : https://aac-learning-center.psu.edu/2016/06/07/seating-and-positioning-for-people-who-use-aac/

Alors à qui est destiné ce webinaire :

  • Surtout aux membres de l’équipe de CAA qui ne sont pas familiers avec les notions de positionnement ! Et oui ! Comme l’explique la Docteur Aileen Costigan chacun doit connaitre le vocabulaire et les principes de bases d’un positionnement qui facilitera la communication.
  • Donc enseignants ! orthophonistes ! spécialistes de l’informatiques ! éducateurs ! AESH ! etc..

Comme elle explique cela permet :

  • de faire les premiers ajustements. Qui dès fois suffisent 🙂
  • de savoir quand demander de l’aide à un spécialiste ergothérapeute ou kinésithérapeute
  • de communiquer toujours mieux au sein de l’équipe de CAA;

Biensûr les kinésithérapeutes et les ergothérapeutes peuvent aussi le regarder, d’une part parce que comme elle le dit nous ne sommes pas encore tous familiers avec la CAA, d’autre part car il est toujours sympa de voir comment d’autres travaillent, de piquer 1 ou 2 idées et de renforcer nos convictions 🙂

Je pense que les orthoprothésiste qui confectionnent les aides au positionnement sur mesure (nos fameux corset siège mais aussi coussins de positionnement) et les revendeurs de matériel médical piourrait aussi le visionner.

Pour ma part j’en retiens qu’il faut encore et toujours communiquer sur les spécificités de nos professions et nos savoirs faire 🙂

Et pour celles.eux qui réclament à corps et à cris des ressources en français, sachez qu’il y a dans le livre déjà des notions et qu’il y a déjà eu des présentations à ce sujet en français.

Notamment lors des JAFSR à Lyon en 2021 avec ma collègue Orane Chaveau nous avions présenté une heure au sujet de Bien être installé pour communiquer pour les personnes avec le syndrome de Rett.

Si vous souhaitez que le sujet soit à nouveau traité n’hésitez pas !

Un nouveau site de jeu pour les utilisateurs.trices de commande oculaire !

Un jour je prendrais le temps de vous parler des différents jeux accessibles et créés spécifiquement pour les personnes avec des défis moteurs et visuels.

Notamment du site HelpKidzLearn que j’utilise depuis ses débuts il y a probablement 20 ans !!!!

Il proposait les premiers jeux (gratuits à l’époque) accessibles avec des contacteurs et adaptés visuellement. Je recommande particulièrement d’entrainer l’inhibition avec le jeu des oeufs qui eclosent et un contacteur (ou la touche espace de votre clavier).

Aujourd’hui je veux parler d’un nouveau site internet. Allemand ! Gratuit mais certaines applications sont téléchargeables et donc payantes Assist UK (UK pour Unterstützte Kommunikation)

Je l’ai trouvé en demandant conseil sur un groupe facebook d’utilisateur des produits TobiiDynavox. Où je rencontre des parents et des ergothérapeutes du monde entier ayant les mêmes préoccupations que moi : permettre aux enfants / personnes les plus handicapées de jouer et créer pour le plaisir mais aussi toujours et encore apprendre et communiquer !!

Oui j’ai l’honneur de travailler avec une super ortho qui me fait découvrir la Bridge – évaluation de la Litteracie- et il y a tout un item dessin, écriture adaptée… alors go pour trouver des solutions de dessins.

Au delà de la motricité, coordination etc… Dessiner permet à tous de :

  • s’entrainer à faire des choix
  • généraliser l’apprentissage de fonctions opérationnelles comme effacer.
  • faire ses premières traces et attirer leur attention dessus,
  • créer des oeuvres d’arts pour décorer les cahiers, envoyer des cartes, offrir des dessins
  • se définir comme créateur, scripteur
  • commenter C’est coloré, J’aime ça, J’ai raté, C’est fini
  • nommer les couleurs, les positions, les outils scripteurs…

Dans cet ensemble de jeux et d’applications il y a effectivement une application de dessin très simple. Idéale pour découvrir ses premiers menus !

Je recommande de passer ensuite à une application complète gratuite et permettant tellement de choses réjouissantes qu’il méritera un article à lui tout seul ! Il s’agit de TuxPaint biensûr !

Il y a aussi des instruments de musiques (comme on peut aussi trouver dans Grid notamment) et j’aime particulièrement le EyePiano conçu spécialement pour les yeux, une octave en forme de cercle ! Je vous laisse deviner à quoi cela peut servir ! Au delà du plaisir de casser les oreilles de l’entourage !! Une activité réjouissante et valorisante en soi !

Enfin je suis contente de trouver des jeux de plateforme. 7 jeux !!!! Plus élaborés que les jeux de cause à effet ! On travaille à nouveau :

  • l’inhibition, l’activation, en sélectionnant/appuyant au bon moment
  • la mémoire de travail en se souvenant de ce qu’il faut faire dans chaque jeu/à chaque moment
  • la planification pour faire les actions dans le bon ordre
  • le maintien de l’attention, la flexibilité cognitiv
  • les compétences visuospatiales (en plus j’ai l’impression que ça va dans le sens de la lecture 🙂 )
  • on utilise les mots Maintenant, En haut, En bas, J’ai gagné, Encore, J’ai perdu, Zut, Crotte,

Et biensûr on s’amuse en faisant quelque chose qui plait à tout le monde !!!

Voilà voilà alors maintenant je m’entraine à utiliser TD Control pour activer les commandes oculaires des personnes que j’accompagne dans le navigateur internet 🙂 Bientôt un article à ce sujet. Et déjà des vidéos à retrouver sur ma chaine Youtube 😉 https://www.youtube.com/@Anne-LaureErgoCommeCa/playlists

Et vous quels sont vos sites / applications de jeux adaptés préférés ?

Grilles de communication

Je vais partager ici quelques grilles que j’ai créées pour les différents logiciels de CAA que j’utilise.

D’abord Mind Express pour les PODD ou autre ensemble de pages

Puis celles faites avec le logiciel Grid pour l’ensemble de pages SuperCore 50 pour le moment seulement les PDF ou les images, car je n’arrive pas à téléverser les fichiers d’ensemble de pages 🙁

Une grille pour l’activité « chanter »


Grillechanteraimprimer

Accompagnée de son verso « liste de comptines »

Listechanteraimprimer