Ne pas reconnaître les troubles praxiques : le risque de fabriquer du surhandicap

Cet article s’inscrit dans une série consacrée à l’apraxie et aux troubles praxiques. C’est un sujet qui me tient particulièrement à cœur, parce qu’il reste encore trop souvent sous-estimé dans l’accompagnement des personnes concernées par des situations complexes de communication, des maladies génétiques rares, ce que l’on appelle le polyhandicap ou certains troubles neurodéveloppementaux.

Depuis près de 25 ans, j’accompagne des personnes dites polyhandicapées, ainsi que des enfants, adolescents et adultes concernés par des situations dans lesquelles les défis moteurs, sensoriels, médicaux, cognitifs, communicationnels, épileptiques et douloureux s’entremêlent.

Au fil du temps, une conviction clinique s’est imposée : une partie du handicap vécu au quotidien ne vient pas seulement de la maladie, du syndrome ou de l’atteinte neurologique initiale. Elle vient aussi de ce que l’environnement comprend, attend, propose — ou ne propose plus.

Cette idée n’est pas nouvelle pour moi. Déjà en 2001, dans ma lettre de motivation pour mon premier emploi, alors que j’avais 20 ans, j’écrivais l’importance d’éviter le surhandicap. À l’époque, je n’avais pas encore tous les mots, toutes les références, ni toute l’expérience pour l’expliquer. Mais l’intuition était déjà là : quand on sous-estime une personne, quand on ne comprend pas ce qui bloque réellement son accès à l’action, à la communication ou aux apprentissages, on risque d’ajouter des obstacles aux obstacles.

Aujourd’hui, la littérature scientifique, les ressources professionnelles et les témoignages de personnes concernées sont beaucoup plus accessibles, notamment grâce à Internet. Cela m’a permis de confirmer, préciser et parfois affirmer plus clairement des intuitions cliniques construites sur le terrain. Ce que j’observais en partageant le quotidien de personnes dites « polyhandicapées » trouve de plus en plus d’échos dans les recherches autour de l’apraxie, de la dyspraxie, de la planification motrice, de l’accès au geste et de la participation.

Je continue d’apprendre tous les jours des familles, des enfants, des adolescents, des adultes et de leur entourage. C’est à leurs côtés que je repère, toujours avec joie, les micro-réussites, les variations selon les contextes, les gestes qui apparaissent quand la pression baisse, les compétences qui émergent quand on change le temps d’attente, la posture, l’activité, l’outil ou la manière de demander.

Le sujet de cet article n’est donc pas de tout expliquer par les troubles praxiques. Ce serait réducteur. Les situations sont complexes, les profils sont différents, et les difficultés peuvent être motrices, sensorielles, attentionnelles, cognitives, médicales, émotionnelles ou environnementales.

Mais ne pas reconnaître les troubles praxiques est un risque majeur.

Parce que si l’on ne repère pas la part des troubles praxiques, on peut croire que la personne ne comprend pas, ne veut pas, n’apprend pas, ne choisit pas, ou n’a pas de projet possible. Et c’est souvent à partir de cette mauvaise lecture que l’environnement commence à se réduire : moins de choix, moins d’exigences ajustées, moins d’apprentissages, moins de communication, moins de participation réelle.

C’est là que peut se fabriquer du surhandicap.

Le corps ne montre pas toujours ce que la personne comprend. Et c’est précisément pour cela qu’il faut apprendre à regarder autrement.

Le surhandicap : quand les difficultés s’ajoutent aux difficultés

Le surhandicap peut être défini comme l’aggravation d’une situation de handicap initiale, lorsque des difficultés secondaires viennent s’ajouter aux troubles déjà présents.

Ces difficultés secondaires peuvent être médicales, motrices, psychiques, relationnelles, comportementales, scolaires, sociales ou liées à l’environnement. Elles ne sont pas toujours directement causées par la maladie ou le trouble initial : elles peuvent aussi se construire au fil du temps, quand l’environnement ne comprend pas suffisamment ce qui gêne réellement la personne.

Office québécois de la langue française — Surhandicap
Cairn — Personne polyhandicapée, chapitre sur le polyhandicap

C’est dans ce sens que je parle ici du risque de “fabriquer du surhandicap”.

Les troubles praxiques n’expliquent pas tout, mais ils doivent être recherchés et reconnus

Il ne s’agit pas de dire que les troubles praxiques expliquent tout. Ce serait faux, et cela réduirait des situations souvent très complexes à un seul mécanisme.

Mais dans plusieurs maladies génétiques rares et troubles neurodéveloppementaux, les difficultés praxiques, la dyspraxie, les difficultés de planification motrice ou d’initiation du mouvement sont décrites, observées cliniquement, ou suffisamment probables pour ne pas être mises de côté. C’est notamment le cas dans le syndrome de Rett, le syndrome d’Angelman, les syndromes liés au chromosome 8p, le syndrome de Pitt-Hopkins, le syndrome de Kleefstra ou encore la délétion 22q11.2.

Selon les syndromes, les publications parlent parfois explicitement d’apraxie ou de dyspraxie ; parfois elles décrivent plutôt des difficultés de motricité fine, de coordination, de planification motrice, d’initiation, de parole, de gestes fonctionnels ou d’autonomie quotidienne.

Et c’est précisément le problème : ce n’est pas parce que les troubles praxiques ne figurent pas clairement dans la description d’un syndrome qu’ils sont absents chez les personnes concernées.

Ils peuvent être insuffisamment décrits, peu recherchés, ou intégrés trop vite dans des catégories plus larges comme “défis cognitifs”, “déficience intellectuelle”, “retard global”, “troubles du comportement” ou “manque d’autonomie”. Faute d’une analyse fine de l’accès au geste, à la communication et à la participation, on risque alors de confondre ce que la personne ne peut pas organiser corporellement avec ce qu’elle ne comprendrait pas.

Concernant l’autisme, la formulation doit aussi rester nuancée : on ne parle pas toujours d’apraxie au sens strict, et l’étiologie n’est pas toujours connue. Mais les difficultés motrices, le trouble développemental de la coordination, les difficultés d’initiation ou de planification du geste sont suffisamment documentés pour ne pas être considérés comme anecdotiques. Des travaux récents soulignent notamment le chevauchement important entre les difficultés motrices observées dans l’autisme et celles du trouble développemental de la coordination. Motor problems in autism: Co-occurrence or feature?

On peut également garder en tête certaines situations de paralysie cérébrale. Dans ce contexte, les troubles neuromusculaires, le tonus, la posture, les mouvements involontaires ou les limitations articulaires sont souvent au premier plan. Mais cela ne doit pas empêcher de se demander si des difficultés d’organisation du geste, d’initiation ou de planification motrice participent aussi à ce que l’on observe.

Ce texte s’appuie aussi sur ma pratique d’ergothérapeute auprès d’enfants et adolescents concernés par ces syndromes rares, et sur les échanges avec leurs familles.

L’absence de description fine dans les fiches syndromiques ne doit pas devenir une preuve d’absence.

L’enjeu n’est donc pas d’utiliser l’apraxie comme explication unique, mais de ne pas l’effacer derrière le reste.

Le corps ne montre pas toujours ce que la personne comprend

Quand une personne ne réalise pas un geste attendu, on peut être tenté de regarder uniquement le résultat visible : la main ne part pas, le regard ne se fixe pas, la réponse ne vient pas, le mouvement est incomplet, l’action s’interrompt.

Mais ce résultat visible ne dit pas tout.

Il peut bien sûr exister des difficultés motrices plus directement identifiables : troubles du tonus, faiblesse musculaire, mouvements involontaires, douleur, fatigue, limitation articulaire, troubles posturaux, troubles visuels ou sensoriels. Ces difficultés doivent être prises au sérieux. Elles peuvent, à elles seules, limiter fortement l’accès au geste, au déplacement, aux manipulations ou aux activités du quotidien.

Mais elles ne doivent pas empêcher de penser aussi les troubles praxiques.

Une personne peut avoir suffisamment de force ou de mobilité pour bouger la main, mais ne pas réussir à initier le geste au bon moment.

Elle peut avoir la capacité de regarder, mais ne pas réussir à organiser son regard vers une cible précise dans une situation de demande.

Elle peut avoir déjà réussi une action, mais ne pas pouvoir la reproduire sur consigne, sous pression, ou dans un contexte différent.

Elle peut comprendre ce qui est attendu, mais rester bloquée dans le passage entre l’intention et l’action.

C’est souvent ce décalage qui rend les troubles praxiques si difficiles à reconnaître. De l’extérieur, on observe une absence de réponse, une lenteur, une variabilité, un mouvement qui semble “mal dirigé” ou une action qui n’aboutit pas. Mais de l’intérieur, la personne peut être en train d’essayer, d’anticiper, de chercher comment faire, de lutter contre un corps qui ne répond pas de manière fiable.

Le corps ne montre donc pas toujours ce que la personne comprend.

Il ne montre pas toujours ce qu’elle veut.

Il ne montre pas toujours ce qu’elle sait.

Et il ne montre pas toujours ce qu’elle pourrait faire avec plus de temps, un meilleur appui postural, une demande plus lisible, un environnement moins chargé, une activité plus signifiante ou une autre modalité d’accès.

C’est pour cela que l’observation doit rester prudente. Une performance absente, lente, incomplète ou fluctuante ne suffit pas à conclure à une absence de compréhension, de motivation ou de potentiel.

Quand l’environnement s’organise autour d’une mauvaise interprétation

Le risque commence quand l’environnement prend cette performance visible comme une preuve.

Si la personne ne répond pas, on pense qu’elle ne comprend pas.

Si elle ne fait pas le geste, on pense qu’elle ne veut pas.

Si elle ne réussit pas dans le temps attendu, on pense qu’elle n’a pas le niveau.

Si elle bouge autrement que prévu, on interprète le mouvement comme un refus, une opposition ou un comportement inadapté.

Si elle réussit une fois puis échoue ensuite, on peut penser qu’elle “fait exprès”, qu’elle n’est pas intéressée, que les réussites étaient liées au hasard, qu’elle n’est pas fiable, ou qu’elle ne mobilise pas vraiment ses compétences.

À partir de là, l’environnement peut commencer à se réorganiser autour d’attentes trop basses.

On pose moins de vraies questions.

On propose moins de choix.

On simplifie trop vite les activités.

On réduit les apprentissages.

On fait plus souvent à la place.

On laisse moins de temps, ou un temps qui n’est pas réellement utilisable par la personne.

On évite les situations nouvelles.

On limite les occasions de décider, d’essayer, de se tromper, de recommencer, de participer.

Lorsque des attentes basses sont projetées sur une personne, elles peuvent finir par limiter les occasions proposées, la qualité des interactions, les apprentissages attendus et la performance observée.

La personne n’est alors plus seulement limitée par ses difficultés motrices, sensorielles ou praxiques. Elle est aussi limitée par ce que l’entourage croit possible pour elle.

C’est là que le surhandicap se fabrique.

Non pas parce que les professionnels ou les proches veulent mal faire, mais parce qu’une mauvaise interprétation répétée finit par organiser toute la vie quotidienne : les attentes, les activités proposées, les moyens de communication, les apprentissages, la place donnée dans les décisions, les occasions de participer.

Le problème n’est pas seulement de “mal lire” un geste.

Le problème est ce qui se passe ensuite.

Quand on sous-estime durablement une personne, on construit autour d’elle un monde plus petit que ses possibilités réelles.

L’effet Golem

Ce mécanisme rejoint ce que l’on appelle l’effet Golem : lorsque des attentes basses sont projetées sur une personne, elles peuvent finir par limiter les occasions proposées, la qualité des interactions, les apprentissages attendus et la performance observée.

J’ai découvert ce terme grâce au travail de Marylin Poueyto autour de l’éducabilité. Ses apports aident à comprendre comment les attentes de l’entourage peuvent influencer la communication, la scolarisation et les apprentissages des personnes concernées. Lire ici son article sur l’éducabilité .

Vous retrouverez également en bas de page un webinaire passionnant que nous avons fait ensemble pour l’AFSR au sujet des apprentissages et de la communication.

Conclusion – Reconnaître les troubles praxiques est une nécessité

Reconnaître les troubles praxiques ne veut pas dire exiger davantage sans aide. Cela veut dire chercher plus justement ce qui empêche l’accès à l’action, puis organiser les conditions pour que la personne puisse montrer davantage ce qu’elle comprend, ce qu’elle veut, ce qu’elle pense et ce qu’elle peut apprendre.

C’est une condition essentielle pour éviter de fabriquer du surhandicap.

Les prochains articles poursuivront cette réflexion autour de la communication et de l’apraxie, de la nécessité de présumer du potentiel, puis des pistes concrètes pour soutenir l’accès à l’action, à la communication et à la participation lorsque les troubles praxiques ou d’autres défis moteurs compliquent le passage à l’action. J’espère aussi pouvoir vous partager des vignettes cliniques, expériences de terrain qui ont contribué à construire ma pratique.

Pour aller plus loin :

Article scientifique de référence sur les effets Pygmalion, Galatée et Golem

Babad, E. Y., Inbar, J., & Rosenthal, R. (1982). Pygmalion, Galatea, and the Golem: Investigations of biased and unbiased teachers. Journal of Educational Psychology, 74(4), 459–474.

Webinaire de l’AFSR : Communication et scolarisation : quelles perspectives pour les personnes avec syndrome de Rett ?
Dans ce webinaire, Marylin Poueyto décrit très clairement les effets Golem et Pygmalion sur la communication, la scolarisation et les apprentissages des personnes concernées par le syndrome de Rett. Les notions importantes sont abordées dans la première partie du webinaire, puis les pistes pratiques arrivent ensuite avec notamment la participation de Caroline Fafchamps enseignante belge.

Apraxie : quand le corps ne suit pas

Du syndrome de Rett aux situations complexes de communication : présumer du potentiel

Ce texte repart d’un article que j’avais écrit au sujet de l’apraxie dans le syndrome de Rett, à partir de l’idée d’une famille que j’accompagne et dans le cadre de ma contribution au Conseil ParaMédical et Educatif de l’AFSR.

Je pars du syndrome de Rett parce que dans ce syndrome les troubles praxiques sont abondamment décrits comme un retentissement majeur. Pour moi c’est en accompagnant des enfants et des adolescents atteints du syndrome de Rett que j’ai d’abord rencontré, observé et compris l’impact majeur des troubles praxiques sur la vie quotidienne, les apprentissages, la communication et la participation.

Mais ce sujet dépasse largement le syndrome de Rett.

Des troubles praxiques peuvent aussi concerner des personnes avec d’autres maladies génétiques rares, des personnes polyhandicapées, des personnes avec des troubles neurologiques du développement, et certaines personnes autistes.

Les formes, les degrés et les conséquences varient beaucoup d’une personne à l’autre, mais une idée reste essentielle : une personne peut comprendre, vouloir agir, avoir une intention claire, et pourtant ne pas réussir à organiser le geste attendu au moment attendu.

Qu’est-ce que l’apraxie ?

L’apraxie désigne une difficulté à planifier, initier, organiser ou enchaîner volontairement une action vers un but.

Elle ne s’explique pas par un manque de force musculaire, un trouble du tonus ou une difficulté de coordination visible même si ils peuvent co-exister. La personne peut comprendre ce qui est attendu, avoir l’intention de faire, vouloir répondre ou participer, mais ne pas réussir à organiser le geste au moment attendu.

Autrement dit : le problème n’est pas dans le muscle. Il est dans l’organisation du geste volontaire.

Apraxie, dyspraxie, troubles praxiques : de quoi parle-t-on ?

On rencontre souvent les termes apraxie, dyspraxie ou troubles praxiques.

Le mot apraxie est souvent utilisé pour parler d’une difficulté importante à réaliser volontairement des gestes ou des actions organisées, alors que l’intention peut être présente.

Le mot dyspraxie est souvent utilisé pour parler de difficultés praxiques développementales, plus ou moins marquées, qui peuvent concerner les gestes du quotidien, l’habillage, l’écriture, l’utilisation d’objets, l’organisation spatiale ou certaines activités motrices.

Dans la pratique, les termes ne sont pas toujours utilisés de manière parfaitement stable selon les contextes médicaux, les pays ou les professions. Dans cette série, je parlerai donc surtout de troubles praxiques et d’apraxie pour décrire une réalité concrète : parfois, le corps ne permet pas de montrer clairement ce que la personne comprend, veut ou pense.

Quand le corps ne suit pas l’intention

Une personne peut donc savoir ce qu’elle veut faire, mais ne pas réussir à le faire.

Elle peut savoir ce qu’elle veut dire, mais ne pas réussir à l’exprimer.

Elle peut connaître la réponse, mais ne pas réussir à la sélectionner.

Elle peut vouloir participer, mais rester bloquée dans le passage à l’action.

C’est souvent très déroutant pour l’entourage, parce que les compétences peuvent apparaître de manière fluctuante. Une action peut être possible un jour, impossible le lendemain, réussie dans un contexte et pas dans un autre. La fatigue, le stress, la posture, le bruit, l’urgence, la pression de répondre vite ou la complexité de l’environnement peuvent modifier fortement l’accès au geste.

Dans cette série, à venir :

Cette introduction ouvre une série d’articles consacrés à l’apraxie, aux troubles praxiques et à leurs conséquences sur la participation.

Les prochains articles permettront d’aborder plus précisément :

Troubles praxiques : les risques quand on les sous-estime
Communication et apraxie : quand répondre demande aussi un geste
Face à l’apraxie : présumer du potentiel
Soutenir une personne concernée par l’apraxie

Pour aller plus loin

Pour aller plus loin, je recommande fortement le webinaire de Marie Voisin-Du Buit, orthophoniste, autour de la CAA, de l’apraxie et de ses conséquences dans le syndrome de Rett. Cette vidéo permet de mieux comprendre pourquoi l’apraxie ne concerne pas seulement les gestes du quotidien, mais aussi l’accès à la communication, à la commande oculaire, aux réponses et à la participation.

Pour mieux comprendre la dyspraxie, vous pouvez lire le document de Michèle Mazeau, médecin de rééducation, Permettre ou faciliter la scolarité de l’enfant dyspraxique”. Même s’il est centré sur l’école, ce texte aide à comprendre comment les troubles praxiques peuvent gêner les gestes du quotidien, l’écriture, l’organisation dans l’espace, les apprentissages et la participation scolaire. Il se situe plus généralement sur la page Dyspraxie de l’association Tous à l’école.

Enfin, pour élargir la réflexion du côté de l’autisme, l’article anglophone “Motor problems in autism: Co-occurrence or feature?” rappelle que les difficultés motrices sont fréquentes chez les personnes autistes, encore insuffisamment reconnues, et qu’elles peuvent avoir un impact important sur la vie quotidienne et la participation.

Le site Sparadrap : préparer les soins pour diminuer la peur et la douleur

Quand une personne est non ou peu oralisante, ou concernée par des situations complexes de communication, préparer les soins devient encore plus important. La peur, l’incompréhension et l’absence de repères peuvent augmenter la tension corporelle, l’opposition apparente, l’agitation, le retrait… et parfois la douleur elle-même.

Quand on ne sait pas ce qui va se passer pour nous, notre corps se tend, le stress monte, et tout fait plus mal.
C’est ce qu’on appelle l’anxiété anticipatrice : plus la peur est grande, plus la douleur est ressentie intensément.

L’association SPARADRAP accompagne les enfants, les familles et les professionnels depuis 1993. Son objectif est simple et essentiel : aider les enfants à avoir moins peur et moins mal lors des soins, des examens médicaux et à l’hôpital.

🔗 Découvrir Sparadrap

En tant qu’ergothérapeute, je trouve que leurs ressources mettent de la clarté dans ma pratique. Elles m’aident à mieux préparer les situations de soin, à rendre les événements plus compréhensibles, et à me connecter davantage aux personnes que j’accompagne. C’est aussi un site que j’utilise en tant que maman pour mes 4 enfants.

Les ressources du site Sparadrap soutiennent une approche à laquelle je tiens beaucoup : une approche bienveillante, centrée sur le respect des sensations et des émotions, l’information soutenante sans misérabilisme, et la possibilité pour la personne de comprendre ce qui va se passer pour elle. Elles permettent de soutenir l’auto détermination des enfants sans édulcorer. Elles rendent acteur et non plus patient passif.

Informer ne veut biensûr pas dire tout contrôler.
Préparer ne pourra pas supprimer toutes les difficultés.

Expliquer, montrer, anticiper, donner des repères, permettre à la personne d’exprimer ce qu’elle ressent : tout cela peut déjà changer beaucoup de choses.

Le site Sparadrap propose justement des ressources concrètes accessibles gratuitement. Ces outils peuvent être utilisés tels quels, ou adaptés pour soutenir la compréhension, la communication et la participation des personnes accompagnées.

Par exemple :

Des livrets guides pour expliquer les soins courants

Guide Aïe j’ai mal !

Je vais chez le dentiste

J’aime pas les piqûres

et beaucoup d’autres à retrouver ici : https://www.sparadrap.org/parents/consulter-nos-ressources-pour-les-familles/pour-les-enfants

Des vidéos pour visualiser les soins,

https://www.sparadrap.org/enfants/videos

Des articles pour les parents

https://www.sparadrap.org/parents/consulter-nos-ressources-pour-les-familles/pour-les-parents

Un dictionnaire des mots médicaux avec images pictogrammes 🙂

https://www.sparadrap.org/enfants/dictionnaire

Des affiches et le Poster « à partir de 4 ans je peux dire combien j’ai mal »

Le poster est très utile pour découvrir les échelles d’évaluation de la douleur et mériterait certainement un article à part entière !!!

L’application APO : un nouvel outil pour observer la douleur

Les troubles de la communication rendent souvent difficile l’évaluation de la douleur.
Pour aider les familles et les soignants, la commission pédiatrique de la SFETD (Société Française d’Étude et de Traitement de la Douleur) a créé une application gratuite : APO.

  • APO est soutenue par la SFETD et la Direction Générale de la Santé, pensée pour les enfants, adolescents et jeunes adultes ayant des troubles de la communication, dont les personnes avec syndrome de Rett.

📱 L’application APO guide pas à pas les parents dans l’observation de la douleur :

  • changements de tonus, de regard, de respiration,
  • agitation inhabituelle, troubles du sommeil, crispations…
    À la fin, elle donne un score de douleur et des conseils adaptés : donner un antalgique, prévenir le médecin, ou observer à nouveau plus tard.

Elle peut être utilisée à la maison, à l’école ou en structure.
C’est une aide précieuse pour ne plus rester seul face au doute.

Je l’ai testée pour vous et je serais preneuse des retours de chacun.es. Alors n’hésitez pas à revenir m’en parler après utilisation 🙂

Points forts de l’application APO

  • Elle répond à un vrai besoin : aider les proches et les professionnels à évaluer la douleur chez des personnes qui communiquent difficilement, notamment en cas de déficience cognitive, TSA, paralysie cérébrale ou polyhandicap.
  • Elle rassemble les informations importantes : un seul endroit, sur un objet – le téléphone – que tous les aidants possèdent.
  • Elle structure l’observation : on peut créer un « passeport douleur », enregistrer les épisodes suspects et envoyer un rapport au médecin.
  • Elle facilite la transmission médicale : l’application est pensée pour rendre la consultation plus efficace, avec une synthèse de ce qui a été observé.
  • Elle est pratique à remplir : lors de mon essai, j’ai trouvé l’ergonomie agréable, claire, et plutôt adaptée à un usage quotidien.
  • Elle vient d’une vraie expérience de terrain. APO a d’abord été créée autour de l’expérience de patients migraineux, puis élargie à l’observation de la douleur chez les personnes non ou peu oralisantes, notamment les enfants, adolescents et jeunes adultes ayant des difficultés de communication.

Points de vigilance

  • Oui, c’est encore une application. Il faut avoir un téléphone, penser à l’utiliser, garder les accès, gérer les mises à jour. Dans un quotidien déjà chargé, ce n’est pas toujours facile, et cela ne doit pas devenir un stress supplémentaire
  • Attention aux données. Si l’application disparaît, change, ou si le téléphone est perdu, il ne faut pas que tout l’historique disparaisse avec. Mieux vaut exporter ou sauvegarder régulièrement les rapports importants.
  • APO ne remplace évidemment pas le médecin. Elle sert d’assistant pour enregistrer, analyser et mieux rendre compte. Elle ne prescrit pas le traitement. Elle ne traite pas la douleur.
  • Le score ne doit pas remplacer la connaissance de la personne. Si les proches sentent que quelque chose ne va pas, mais que l’outil ne le montre pas clairement, il faut continuer à chercher. L’application aide à observer et transmettre, mais elle ne connaît pas les petits signes propres à chaque personne, ses habitudes, son histoire et ses modes d’expression.

Télécharger APO – Compagnon Santé sur Google Play

Télécharger APO – Compagnon Santé sur AppStore

🔗 Découvrir APO – Compagnon Santé sur Pédiadol

Évaluer la douleur de la personne non ou peu oralisante

Les études montrent que les personnes atteintes du syndrome de Rett ressentent la douleur autant, voire parfois plus intensément que les autres. Leurs signes d’expression peuvent pourtant être différents : discrets, très intenses, fluctuants, ou parfois paradoxaux.

Ce constat, bien connu dans le syndrome de Rett, concerne aussi beaucoup de personnes non ou peu oralisantes ayant de multiples défis : moteurs, sensoriels, cognitifs, praxiques, médicaux ou communicationnels.

Alors, quand on accompagne, au quotidien, une personne concernée par une situation complexe de communication, on apprend à lire les moindres détails : un regard qui change, un geste qui s’interrompt, un tonus qui se modifie, une respiration différente, un cri, un retrait, une agitation inhabituelle…

Mais malgré cette connaissance fine, la douleur des personnes qui ne peuvent pas la dire clairement reste souvent sous-estimée, mise en doute ou mal interprétée.

Est-ce de la fatigue, de l’angoisse, de l’inconfort, ou vraiment de la douleur ?

Cette incertitude est difficile pour la personne, pour ses proches et pour les professionnels qui l’accompagnent. Elle empêche la mise en oeuvre de solutions parfois simples (médicaments, changement de position, adaptation des activités…). Elle mobilise beaucoup (trop) d’énergie. Elle dégrade la qualité de vie de la personne et son entourage.

Il est donc capital d’avoir des outils adaptés, pour observer, comprendre, réagir et transmettre.

Nous vous présentons ici quelques outils répandus qui permettent de repérer la douleur et de la décrire à un médecin, même quand la communication est difficile.

En cas d’urgence, l’échelle Evendol

Elle est utilisée dans les hôpitaux, en règle générale pour les enfants jusqu’à 7 ans. Elle se base sur le comportement observable : cris, agitation, retrait, immobilité…
🔗 Echelle Evendol – Pédiadol

Dès 4 ans, l’échelle des visages (FPS-R)

Elle permet à l’enfant de montrer l’intensité de sa douleur en pointant un visage, de “pas mal du tout” à “très très mal”.
C’est un outil très apprécié des enfants et facile à intégrer dans un système de communication alternative.
🔗 Échelle des visages – Pédiadol

L’échelle DESS (San Salvadour), quand la communication est très limitée,

C’est une référence en établissement pour les personnes dites polyhandicapées. Elle observe les postures, la respiration, le regard, la réaction au contact…
🔗 Échelle DESS – Pédiadol

Au quotidien, des outils simples peuvent déjà beaucoup aider : une fiche d’observation remplie par les parents ou les proches, quelques repères notés dans un agenda, ou une application permettant de garder une trace des épisodes douloureux.

L’objectif n’est pas de tout surveiller en permanence, mais de repérer ce qui change : le moment où la douleur semble apparaître, ce qui l’aggrave, ce qui l’apaise, les positions difficiles, les soins mal tolérés, les troubles du sommeil, les modifications de tonus ou de comportement.

Ces traces sont précieuses pour transmettre des informations concrètes au médecin : elles permettent de sortir du simple « je sens que quelque chose ne va pas » et d’apporter des éléments observables, datés et comparables.

Dans le prochain article je vous présenterai une application adaptée à l’observation quotidienne : APO

Douleur, syndrome de Rett et situations complexes de communication : ne pas attendre les mots pour croire la personne

Ce texte a d’abord été préparé pour le journal de l’AFSR, l’Association Française du Syndrome de Rett. Une première version a été publiée pour les adhérents de l’association. Je le reprends ici, sur mon site, parce que le sujet dépasse largement le syndrome de Rett.

Les personnes avec syndrome de Rett sont très souvent non oralisantes ou peu oralisantes. Elles peuvent avoir une motricité très entravée, des troubles praxiques importants, des difficultés à pointer, à initier un geste, à utiliser leur regard de manière stable, ou à faire comprendre précisément ce qu’elles ressentent.

Mais ce qui est vrai pour le syndrome de Rett l’est aussi pour beaucoup de personnes concernées par des situations complexes de communication, et notamment pour des personnes dites « polyhandicapées ».

Je dis « dites polyhandicapées » parce que ce terme est souvent utilisé dans les institutions, les dossiers médicaux, les démarches administratives ou les recommandations professionnelles. Il permet parfois d’être compris. Mais il est finalement très limitant. Il ne dit pas la personne, ses intentions, sa compréhension, ses préférences, ses stratégies, son humour, ses refus, ses apprentissages. Il ne dit pas non plus la complexité de sa communication.

Quand une personne ne parle pas, ou quand son corps ne lui permet pas d’exprimer facilement ce qu’elle ressent, sa douleur est trop souvent sous-estimée.

Elle est parfois interprétée comme de la fatigue.
Comme de l’angoisse.
Comme une opposition.
Comme un trouble du comportement.
Comme une habitude.
Comme « son fonctionnement ».

Nous ne devons pas nous laisser bloquer par nos interprétations !

Et quand les proches alertent, ils ne sont pas toujours entendus. Ils peuvent être perçus comme inquiets, trop sensibles, trop insistants, voire comme des personnes qui « surinterprètent ».

C’est une difficulté très concrète pour les familles.

Les proches connaissent souvent très finement la personne. Ils repèrent un changement de regard, une respiration différente, un geste qui s’arrête, une crispation, une agitation inhabituelle, un retrait, une modification du sommeil, une installation soudainement refusée. Ils sentent que quelque chose ne va pas.

Malheureusement sentir ne suffit pas toujours à convaincre.

Il faut pouvoir décrire. Objectiver. Comparer. Transmettre. Dire au médecin : « Ce comportement n’est pas habituel », « cela apparaît à tel moment », « cela revient depuis plusieurs jours », « cela augmente dans cette position », « cela diminue après tel changement ».

Évaluer la douleur, dans ce contexte, ce n’est donc pas seulement cocher une case médicale. C’est une question de reconnaissance. C’est une manière de redonner du sens à des comportements qui pourraient être mal compris. C’est aussi une manière de redonner à la personne un pouvoir sur son corps, même quand elle ne peut pas dire simplement : « j’ai mal ».

Dans cette série d’articles, je vais présenter trois entrées très pratiques.

D’abord, les outils d’évaluation de la douleur : les échelles, les observations simples, les repères utiles pour mieux identifier et décrire la douleur quand la communication est difficile.

Ensuite, l’application APO, un outil gratuit qui guide les familles et les professionnels dans l’observation de la douleur chez les enfants, adolescents et jeunes adultes ayant des troubles de la communication.

Enfin, les ressources de l’association Sparadrap, qui permettent de préparer les soins, de diminuer l’anxiété anticipatrice et de rendre les situations médicales plus compréhensibles.

L’objectif n’est pas de transformer les parents en médecins, ni les professionnels du quotidien en spécialistes de la douleur.

L’objectif est : ne pas laisser une personne seule avec une douleur qu’elle ne peut pas faire entendre.

Parce qu’évaluer la douleur, ce n’est pas seulement une question médicale.

Reconnaître la douleur, c’est redonner du sens à des comportements qui pourraient sembler “inexpliqués”.


C’est redonner à la personne un pouvoir sur son corps,
même sans mots

Astuces pratiques pour se mettre en activité

Suite à l’enthousiasme suscité par l’article précédent et aux nombreuses demandes pour aller plus loin, il était clair qu’un second volet s’imposait. Vous étiez nombreux à demander des solutions concrètes, directement applicables au quotidien.

Je me suis donc mise en action 🙂
L’objectif de cet article est simple : proposer des ajustements pratiques pour faciliter l’entrée dans l’activité, à l’école, à la maison ou dans les situations de communication, sans chercher à analyser les causes, mais en offrant des pistes immédiatement testables.

Certaines de ces idées sont issues de la pratique, d’autres de retours de familles et d’enfants, et beaucoup ont déjà fait leurs preuves sur le terrain.

1. Récompenser le démarrage, pas la performance

La récompense porte sur le fait d’avoir commencé :
sortir les affaires, ouvrir le cahier, s’installer, poser la tablette sur la table.

  • Exemple devoir :
    → « Tu as sorti le cahier et le stylo, ok, chewing-gum. »
  • Exemple CAA :
    → tablette sortie et accessible = accès immédiat à une activité plaisante courte.

👉 Commencer compte déjà.

2. Réguler avant de demander

Avant de solliciter l’enfant, il est souvent utile de proposer un temps de régulation bref, afin de faciliter l’entrée dans l’activité.

  • Oral / proprioceptif :
    chewing-gum, aliment croquant (noix de cajou, cracker).
  • Olfactif :
    odeur familière et contenante (parfum connu, odeur de cuisine).
  • Tactile / corporel :
    massage très court (30–60 secondes) avant de commencer.
  • Environnement :
    épurer l’espace, limiter les objets sur la table, réduire les sources visuelles et sonores inutiles, préparer le matériel nécessaire à l’avance.

👉 On cherche à rendre le contexte plus favorable avant le démarrage, plutôt que d’intervenir une fois l’activité lancée.

3. Utiliser la musique comme rituel d’entrée

La musique peut servir de signal de départ.

  • Exemple parlant : « Loup y es-tu ? » pour l’habillage
  • Chanson inventée autour de la tâche
  • Musique d’un dessin animé ou d’un univers apprécié

👉 Ne pas hésiter à rendre ça rigolo et à s’appuyer sur un centre d’intérêt fort.

4. Ne pas être seul à “travailler”

Il est presque toujours plus facile de s’engager quand d’autres sont aussi en activité.

  • Faire la course pour s’habiller
  • Parent qui cuisine pendant que l’enfant fait ses devoirs
  • Enfant qui épluche des légumes pendant que le parent prépare le repas
  • Les odeurs de cuisson peuvent aussi soutenir l’engagement

👉 C’est forcément plus sympa que de devoir travailler seul pendant que les autres s’amusent. Et ça évite aux adultes de s’agacer devant le « temps perdu ».

5. Théâtraliser pour contourner l’opposition

Chez certains enfants, le réflexe d’opposition est très fort.
Le jeu permet parfois de le court-circuiter.

  • Exagérer :
    « Surtout ne prends PAS le stylo… ah non… NON… »
  • Inverser :
    « Bon bah si tu ne le fais pas, je vais le faire moi… »

👉 Le rire et la surprise font baisser le coût émotionnel du démarrage. Et dès fois simplement on mobilise ce besoin de maitrise et d’opposition.

6. Modéliser l’entrée dans la tâche (métacognition)

L’adulte peut montrer comment il s’y prend lui-même.

  • Se mettre à la tâche à côté de l’enfant
  • Verbaliser à voix haute :
    • « J’ai du mal à m’y mettre là… »
    • « Je vais penser au plaisir que j’aurai quand ce sera fini. »
    • « Je mets ma radio préférée avant de plier le linge. »

👉 On montre comment commencer, pas comment réussir.

7. Rendre la fin visible dès le début

Rendre la fin visible permet de réduire fortement le coût d’entrée dans l’activité, en particulier pour les enfants autistes.

Concrètement, cela peut passer par :

  • montrer ce qui est à faire avant de commencer,
  • expliciter quand l’activité s’arrête,
  • limiter volontairement le volume de travail proposé.

Exemples visuels :

  • sortir 4 perles et le lacet, plutôt que poser le seau entier de perles sur la table,
  • présenter uniquement les feuilles ou exercices concernés, pas le dossier complet,
  • disposer sur la table seulement le matériel nécessaire à cette activité.

Exemples de phrases liées aux devoirs :

  • « On fait ces deux phrases et on s’arrête. »
  • « On travaille 8 minutes, puis on arrête quoi qu’il arrive. »
  • « On commence par cette question, le reste sera pour plus tard. »

Il est tout à fait possible de décider à l’avance que l’entraînement durera un temps défini (par exemple 8 minutes), et que l’activité s’arrêtera à la fin de ce temps, même si tout n’est pas terminé.

👉 Nous ne sommes pas obligés de tout finir pour que le travail ait du sens. Le fait de s’être engagé pendant un temps donné est déjà un objectif en soi. Un peu de frustration parce que finalement on appréciait l’activité et le travail peut aussi s’avérer un investissement pour la prochaine fois 🙂

8. Apprendre à estimer le temps

  • Demander : « Tu penses que ça va prendre combien de temps ? »
  • Mettre un chronomètre
  • Comparer ensuite estimation / réalité

👉 Le temps devient plus prévisible et moins envahissant. Cela ajoute un petit défi ou permet de dédramatiser.

9. Clarifier la première action (et seulement celle-là)

  • Pas toute la consigne
  • Pas toute la tâche
  • Juste le premier pas possible

Exemples :

  • devoir → « écris ton prénom »
  • CAA → « pose la tablette sur la table »

10. Utiliser des check-lists et des supports visuels simples

Des check-lists très courtes ou des supports visuels aident à savoir par où commencer.

  • Une liste de 2–3 étapes maximum
  • Des cases à cocher
  • Des objets sortis un par un sur la table

👉 Voir l’étape suivante réduit fortement la paralysie du démarrage.


En résumé

Quand entrer dans une activité est compliqué, il n’y a pas une bonne solution unique. L’idée n’est pas de chercher pourquoi ça bloque, mais d’essayer des astuces, de voir ce qui aide vraiment… et de laisser tomber ce qui ne fonctionne pas.

Certaines stratégies marcheront un jour et moins le lendemain. C’est normal. Ajuster, changer, renouveler permet aussi de maintenir l’intérêt et d’éviter que l’entrée dans l’activité ne devienne un nouveau point de tension

Si malgré tout l’entrée dans l’activité reste difficile, ce n’est pas un échec. Cela peut simplement indiquer qu’il est temps d’observer autrement, de demander un regard extérieur ou d’essayer encore autre chose.

Et souvent, c’est dans ces ajustements successifs que l’engagement finit par devenir possible.

Si le sujet vous intéresse, je proposerai dans un prochain article une liste de phrases que l’enfant pourra utiliser pour décrire ce qui le freine au moment de commencer : des difficultés techniques, des sensations désagréables, des émotions ou des ressentis qui ralentissent ou empêchent la mise en activité.

Entrer dans la tâche : quand le démarrage est le vrai obstacle


Avant même de se mettre dans une activité, certains enfants semblent déjà en difficulté.
Ils savent faire, comprennent ce qui est attendu, mais se lancer est compliqué. Le démarrage traîne, demande des relances, ou se traduit par de l’évitement, de l’agitation, parfois les deux.

Ces situations sont très fréquentes à l’école comme dans la vie quotidienne. Elles sont encore plus visibles chez les enfants avec un TDAH, un trouble du spectre de l’autisme ou des défis multiples, pour qui commencer représente souvent un effort en soi.

On parle alors facilement de manque de motivation ou d’attention. Pourtant, bien souvent, le vrai obstacle n’est pas l’activité elle-même, mais le moment où il faut s’y mettre.

Mieux comprendre ce qui se joue à ce moment-là permet d’ajuster les aides autrement et de soutenir un engagement plus réel, sans faire à la place.


1. Ce que les adultes observent

Dans de nombreux contextes scolaires et éducatifs, on retrouve les mêmes constats :

  • lenteur à commencer
  • évitement ou agitation
  • besoin d’être relancé en permanence

Ces comportements sont souvent interprétés comme un manque de motivation ou d’attention.


2. Ce qui se joue réellement au moment du démarrage

Entrer dans une tâche mobilise simultanément :

  • la compréhension de ce qui est attendu
  • l’organisation de l’action
  • l’anticipation de l’effort à fournir

Pour certains enfants, ce coût initial est particulièrement élevé, même lorsque les compétences sont présentes.


3. Un décalage fréquent entre « savoir faire » et « pouvoir commencer »

Il n’est pas rare d’observer que :

  • l’enfant réussit une fois engagé
  • la qualité du travail est meilleure après le démarrage

La difficulté principale se situe alors avant l’action, au seuil de l’activité.


4. Les réponses adultes spontanées… et leurs limites

Face à ce blocage initial, les adultes ont tendance à :

  • répéter la consigne
  • guider physiquement, parfois jusqu’au main sur la main
  • simplifier excessivement la tâche

Ces aides permettent parfois de produire, mais ne facilitent pas toujours l’entrée autonome dans l’activité.


5. Simplifier les composantes les plus coûteuses

Faciliter l’entrée dans la tâche passe souvent par une réduction ciblée du coût, en particulier sur les composantes les plus exigeantes :

Accès moteur
Positionnement, stabilisation, réduction de l’amplitude ou du nombre de gestes nécessaires pour initier l’action.

Accès visuel
Lisibilité, contraste, réduction des distracteurs, organisation claire de l’espace.

Accès cognitif
Clarification de la première action attendue, repères temporels simples.

👉 Ces ajustements sont souvent nécessaires, mais pas toujours suffisants :
un accès moteur ou visuel facilité n’entraîne pas automatiquement l’engagement.


6. Faciliter l’entrée dans la tâche sans faire à la place

Il est possible de soutenir le démarrage en :

  • clarifiant explicitement la première action attendue
  • réduisant la charge cognitive au moment de l’entrée
  • laissant un temps de latence suffisant
  • proposant des modalités d’entrée variées (oral, pointage, outil de CAA)

7. Coût, plaisir et engagement

Lorsque le coût perçu est trop élevé, l’engagement chute.
À l’inverse, des activités ancrées dans les centres d’intérêts permettent :

  • d’augmenter le plaisir
  • de soutenir l’initiative
  • de rendre l’effort acceptable

Cela est valable à l’école comme dans l’utilisation d’un outil de CAA.


8. Ce que cela change pour la participation

En facilitant l’entrée dans la tâche :

  • l’enfant s’engage plus volontiers
  • la communication devient plus spontanée
  • les compétences peuvent réellement s’exprimer

La participation précède alors la performance.


Le rôle de l’ergothérapeute

Lorsqu’une difficulté à entrer dans l’activité persiste, le rôle de l’ergothérapeute est d’aider à comprendre ce qui freine le démarrage, au-delà de ce qui est visible.

Cela passe par une évaluation globale : les aspects moteurs, visuels et cognitifs, mais aussi le mode d’apprentissage, l’efficacité dans les occupations du quotidien et l’influence de l’environnement. L’objectif est de repérer où se situe réellement le coût : dans l’action elle-même, dans la compréhension, dans l’organisation, ou dans le contexte.

À partir de cette analyse, l’ergothérapeute identifie des leviers concrets : s’appuyer sur les centres d’intérêts, valoriser les compétences déjà installées, choisir des aides techniques pertinentes, ajuster l’environnement pour rendre l’entrée dans l’activité plus accessible.

L’entraînement se fait ensuite au travers d’activités signifiantes et significatives, permettant de tester, d’ajuster et de consolider ces stratégies dans des situations réelles. Progressivement, la personne comprend mieux son propre fonctionnement, et l’entourage dispose de repères plus clairs pour soutenir l’engagement au quotidien.


Quand l’entrée dans une activité est difficile, ce n’est ni une question de volonté, ni un manque de compétences. C’est souvent le signe que le coût pour commencer est trop élevé dans ce contexte précis.

Et parfois, malgré des ajustements bien pensés, ça continue de bloquer. Dans ce cas, ne restez pas seul·e avec ces questions. Un regard extérieur peut aider à y voir plus clair et à trouver des solutions adaptées.

Si vous en ressentez le besoin, n’hésitez pas à en parler avec votre ergothérapeute préféré. Ensemble, il est souvent possible de rendre le démarrage plus accessible… et l’engagement plus naturel.

Et si vous souhaitez en savoir plus et approfondir le sujet voici un article au sujet de la procrastination des enfants que j’aime bien : https://www.foothillsacademy.org/community/articles/lets-get-started


Webinaire : Assise et Positionnement pour les utilisateurs d’outils de CAA. Introduction.

Un webinaire destiné à l’ensemble des acteurs d’une équipe de CAA !! Qui met en avant l’art et les techniques des ergothérapeutes, des kinésithérapeutes, des orthoprothésistes et de certains revendeurs de matériel médical.

Récemment – en éclusant internet pour retrouver le formulaire questionnaire des réseaux sociaux de Sarah Blackstone (d’ailleurs si quelqu’un là en français merci !) – je suis tombée sur une page internet qui m’a mise en joie 🙂

Sur ce site (à les travaux de Sarah Blackstone sont mis en avant car elle y contribue) des ressources créées par des professionnels de la CAA et des familles sont classées par chapitre du livre Communication Alternative et Améliorée de Pat Mirenda et D. Beukelman aka La bible de la CAA.

Passé un moment d’excitation devant tant de rangement 🙂 et cette bonne idée je me suis penchée sur les webinaires/vidéos que je n’avais pas encore vues.

Dont : https://aac-learning-center.psu.edu/2016/06/07/seating-and-positioning-for-people-who-use-aac/

Alors à qui est destiné ce webinaire :

  • Surtout aux membres de l’équipe de CAA qui ne sont pas familiers avec les notions de positionnement ! Et oui ! Comme l’explique la Docteur Aileen Costigan chacun doit connaitre le vocabulaire et les principes de bases d’un positionnement qui facilitera la communication.
  • Donc enseignants ! orthophonistes ! spécialistes de l’informatiques ! éducateurs ! AESH ! etc..

Comme elle explique cela permet :

  • de faire les premiers ajustements. Qui dès fois suffisent 🙂
  • de savoir quand demander de l’aide à un spécialiste ergothérapeute ou kinésithérapeute
  • de communiquer toujours mieux au sein de l’équipe de CAA;

Biensûr les kinésithérapeutes et les ergothérapeutes peuvent aussi le regarder, d’une part parce que comme elle le dit nous ne sommes pas encore tous familiers avec la CAA, d’autre part car il est toujours sympa de voir comment d’autres travaillent, de piquer 1 ou 2 idées et de renforcer nos convictions 🙂

Je pense que les orthoprothésiste qui confectionnent les aides au positionnement sur mesure (nos fameux corset siège mais aussi coussins de positionnement) et les revendeurs de matériel médical piourrait aussi le visionner.

Pour ma part j’en retiens qu’il faut encore et toujours communiquer sur les spécificités de nos professions et nos savoirs faire 🙂

Et pour celles.eux qui réclament à corps et à cris des ressources en français, sachez qu’il y a dans le livre déjà des notions et qu’il y a déjà eu des présentations à ce sujet en français.

Notamment lors des JAFSR à Lyon en 2021 avec ma collègue Orane Chaveau nous avions présenté une heure au sujet de Bien être installé pour communiquer pour les personnes avec le syndrome de Rett.

Si vous souhaitez que le sujet soit à nouveau traité n’hésitez pas !

Un nouveau site de jeu pour les utilisateurs.trices de commande oculaire !

Un jour je prendrais le temps de vous parler des différents jeux accessibles et créés spécifiquement pour les personnes avec des défis moteurs et visuels.

Notamment du site HelpKidzLearn que j’utilise depuis ses débuts il y a probablement 20 ans !!!!

Il proposait les premiers jeux (gratuits à l’époque) accessibles avec des contacteurs et adaptés visuellement. Je recommande particulièrement d’entrainer l’inhibition avec le jeu des oeufs qui eclosent et un contacteur (ou la touche espace de votre clavier).

Aujourd’hui je veux parler d’un nouveau site internet. Allemand ! Gratuit mais certaines applications sont téléchargeables et donc payantes Assist UK (UK pour Unterstützte Kommunikation)

Je l’ai trouvé en demandant conseil sur un groupe facebook d’utilisateur des produits TobiiDynavox. Où je rencontre des parents et des ergothérapeutes du monde entier ayant les mêmes préoccupations que moi : permettre aux enfants / personnes les plus handicapées de jouer et créer pour le plaisir mais aussi toujours et encore apprendre et communiquer !!

Oui j’ai l’honneur de travailler avec une super ortho qui me fait découvrir la Bridge – évaluation de la Litteracie- et il y a tout un item dessin, écriture adaptée… alors go pour trouver des solutions de dessins.

Au delà de la motricité, coordination etc… Dessiner permet à tous de :

  • s’entrainer à faire des choix
  • généraliser l’apprentissage de fonctions opérationnelles comme effacer.
  • faire ses premières traces et attirer leur attention dessus,
  • créer des oeuvres d’arts pour décorer les cahiers, envoyer des cartes, offrir des dessins
  • se définir comme créateur, scripteur
  • commenter C’est coloré, J’aime ça, J’ai raté, C’est fini
  • nommer les couleurs, les positions, les outils scripteurs…

Dans cet ensemble de jeux et d’applications il y a effectivement une application de dessin très simple. Idéale pour découvrir ses premiers menus !

Je recommande de passer ensuite à une application complète gratuite et permettant tellement de choses réjouissantes qu’il méritera un article à lui tout seul ! Il s’agit de TuxPaint biensûr !

Il y a aussi des instruments de musiques (comme on peut aussi trouver dans Grid notamment) et j’aime particulièrement le EyePiano conçu spécialement pour les yeux, une octave en forme de cercle ! Je vous laisse deviner à quoi cela peut servir ! Au delà du plaisir de casser les oreilles de l’entourage !! Une activité réjouissante et valorisante en soi !

Enfin je suis contente de trouver des jeux de plateforme. 7 jeux !!!! Plus élaborés que les jeux de cause à effet ! On travaille à nouveau :

  • l’inhibition, l’activation, en sélectionnant/appuyant au bon moment
  • la mémoire de travail en se souvenant de ce qu’il faut faire dans chaque jeu/à chaque moment
  • la planification pour faire les actions dans le bon ordre
  • le maintien de l’attention, la flexibilité cognitiv
  • les compétences visuospatiales (en plus j’ai l’impression que ça va dans le sens de la lecture 🙂 )
  • on utilise les mots Maintenant, En haut, En bas, J’ai gagné, Encore, J’ai perdu, Zut, Crotte,

Et biensûr on s’amuse en faisant quelque chose qui plait à tout le monde !!!

Voilà voilà alors maintenant je m’entraine à utiliser TD Control pour activer les commandes oculaires des personnes que j’accompagne dans le navigateur internet 🙂 Bientôt un article à ce sujet. Et déjà des vidéos à retrouver sur ma chaine Youtube 😉 https://www.youtube.com/@Anne-LaureErgoCommeCa/playlists

Et vous quels sont vos sites / applications de jeux adaptés préférés ?