
Avant même de se mettre dans une activité, certains enfants semblent déjà en difficulté.
Ils savent faire, comprennent ce qui est attendu, mais se lancer est compliqué. Le démarrage traîne, demande des relances, ou se traduit par de l’évitement, de l’agitation, parfois les deux.
Ces situations sont très fréquentes à l’école comme dans la vie quotidienne. Elles sont encore plus visibles chez les enfants avec un TDAH, un trouble du spectre de l’autisme ou des défis multiples, pour qui commencer représente souvent un effort en soi.
On parle alors facilement de manque de motivation ou d’attention. Pourtant, bien souvent, le vrai obstacle n’est pas l’activité elle-même, mais le moment où il faut s’y mettre.
Mieux comprendre ce qui se joue à ce moment-là permet d’ajuster les aides autrement et de soutenir un engagement plus réel, sans faire à la place.
1. Ce que les adultes observent
Dans de nombreux contextes scolaires et éducatifs, on retrouve les mêmes constats :
- lenteur à commencer
- évitement ou agitation
- besoin d’être relancé en permanence
Ces comportements sont souvent interprétés comme un manque de motivation ou d’attention.
2. Ce qui se joue réellement au moment du démarrage
Entrer dans une tâche mobilise simultanément :
- la compréhension de ce qui est attendu
- l’organisation de l’action
- l’anticipation de l’effort à fournir
Pour certains enfants, ce coût initial est particulièrement élevé, même lorsque les compétences sont présentes.
3. Un décalage fréquent entre « savoir faire » et « pouvoir commencer »
Il n’est pas rare d’observer que :
- l’enfant réussit une fois engagé
- la qualité du travail est meilleure après le démarrage
La difficulté principale se situe alors avant l’action, au seuil de l’activité.

4. Les réponses adultes spontanées… et leurs limites
Face à ce blocage initial, les adultes ont tendance à :
- répéter la consigne
- guider physiquement, parfois jusqu’au main sur la main
- simplifier excessivement la tâche
Ces aides permettent parfois de produire, mais ne facilitent pas toujours l’entrée autonome dans l’activité.
5. Simplifier les composantes les plus coûteuses
Faciliter l’entrée dans la tâche passe souvent par une réduction ciblée du coût, en particulier sur les composantes les plus exigeantes :
Accès moteur
Positionnement, stabilisation, réduction de l’amplitude ou du nombre de gestes nécessaires pour initier l’action.
Accès visuel
Lisibilité, contraste, réduction des distracteurs, organisation claire de l’espace.
Accès cognitif
Clarification de la première action attendue, repères temporels simples.
👉 Ces ajustements sont souvent nécessaires, mais pas toujours suffisants :
un accès moteur ou visuel facilité n’entraîne pas automatiquement l’engagement.
6. Faciliter l’entrée dans la tâche sans faire à la place
Il est possible de soutenir le démarrage en :
- clarifiant explicitement la première action attendue
- réduisant la charge cognitive au moment de l’entrée
- laissant un temps de latence suffisant
- proposant des modalités d’entrée variées (oral, pointage, outil de CAA)
7. Coût, plaisir et engagement
Lorsque le coût perçu est trop élevé, l’engagement chute.
À l’inverse, des activités ancrées dans les centres d’intérêts permettent :
- d’augmenter le plaisir
- de soutenir l’initiative
- de rendre l’effort acceptable
Cela est valable à l’école comme dans l’utilisation d’un outil de CAA.

8. Ce que cela change pour la participation
En facilitant l’entrée dans la tâche :
- l’enfant s’engage plus volontiers
- la communication devient plus spontanée
- les compétences peuvent réellement s’exprimer
La participation précède alors la performance.
Le rôle de l’ergothérapeute
Lorsqu’une difficulté à entrer dans l’activité persiste, le rôle de l’ergothérapeute est d’aider à comprendre ce qui freine le démarrage, au-delà de ce qui est visible.
Cela passe par une évaluation globale : les aspects moteurs, visuels et cognitifs, mais aussi le mode d’apprentissage, l’efficacité dans les occupations du quotidien et l’influence de l’environnement. L’objectif est de repérer où se situe réellement le coût : dans l’action elle-même, dans la compréhension, dans l’organisation, ou dans le contexte.
À partir de cette analyse, l’ergothérapeute identifie des leviers concrets : s’appuyer sur les centres d’intérêts, valoriser les compétences déjà installées, choisir des aides techniques pertinentes, ajuster l’environnement pour rendre l’entrée dans l’activité plus accessible.
L’entraînement se fait ensuite au travers d’activités signifiantes et significatives, permettant de tester, d’ajuster et de consolider ces stratégies dans des situations réelles. Progressivement, la personne comprend mieux son propre fonctionnement, et l’entourage dispose de repères plus clairs pour soutenir l’engagement au quotidien.

Quand l’entrée dans une activité est difficile, ce n’est ni une question de volonté, ni un manque de compétences. C’est souvent le signe que le coût pour commencer est trop élevé dans ce contexte précis.
Et parfois, malgré des ajustements bien pensés, ça continue de bloquer. Dans ce cas, ne restez pas seul·e avec ces questions. Un regard extérieur peut aider à y voir plus clair et à trouver des solutions adaptées.
Si vous en ressentez le besoin, n’hésitez pas à en parler avec votre ergothérapeute préféré. Ensemble, il est souvent possible de rendre le démarrage plus accessible… et l’engagement plus naturel.
Et si vous souhaitez en savoir plus et approfondir le sujet voici un article au sujet de la procrastination des enfants que j’aime bien : https://www.foothillsacademy.org/community/articles/lets-get-started

