Ne pas reconnaître les troubles praxiques : le risque de fabriquer du surhandicap

Cet article s’inscrit dans une série consacrée à l’apraxie et aux troubles praxiques. C’est un sujet qui me tient particulièrement à cœur, parce qu’il reste encore trop souvent sous-estimé dans l’accompagnement des personnes concernées par des situations complexes de communication, des maladies génétiques rares, ce que l’on appelle le polyhandicap ou certains troubles neurodéveloppementaux.

Depuis près de 25 ans, j’accompagne des personnes dites polyhandicapées, ainsi que des enfants, adolescents et adultes concernés par des situations dans lesquelles les défis moteurs, sensoriels, médicaux, cognitifs, communicationnels, épileptiques et douloureux s’entremêlent.

Au fil du temps, une conviction clinique s’est imposée : une partie du handicap vécu au quotidien ne vient pas seulement de la maladie, du syndrome ou de l’atteinte neurologique initiale. Elle vient aussi de ce que l’environnement comprend, attend, propose — ou ne propose plus.

Cette idée n’est pas nouvelle pour moi. Déjà en 2001, dans ma lettre de motivation pour mon premier emploi, alors que j’avais 20 ans, j’écrivais l’importance d’éviter le surhandicap. À l’époque, je n’avais pas encore tous les mots, toutes les références, ni toute l’expérience pour l’expliquer. Mais l’intuition était déjà là : quand on sous-estime une personne, quand on ne comprend pas ce qui bloque réellement son accès à l’action, à la communication ou aux apprentissages, on risque d’ajouter des obstacles aux obstacles.

Aujourd’hui, la littérature scientifique, les ressources professionnelles et les témoignages de personnes concernées sont beaucoup plus accessibles, notamment grâce à Internet. Cela m’a permis de confirmer, préciser et parfois affirmer plus clairement des intuitions cliniques construites sur le terrain. Ce que j’observais en partageant le quotidien de personnes dites « polyhandicapées » trouve de plus en plus d’échos dans les recherches autour de l’apraxie, de la dyspraxie, de la planification motrice, de l’accès au geste et de la participation.

Je continue d’apprendre tous les jours des familles, des enfants, des adolescents, des adultes et de leur entourage. C’est à leurs côtés que je repère, toujours avec joie, les micro-réussites, les variations selon les contextes, les gestes qui apparaissent quand la pression baisse, les compétences qui émergent quand on change le temps d’attente, la posture, l’activité, l’outil ou la manière de demander.

Le sujet de cet article n’est donc pas de tout expliquer par les troubles praxiques. Ce serait réducteur. Les situations sont complexes, les profils sont différents, et les difficultés peuvent être motrices, sensorielles, attentionnelles, cognitives, médicales, émotionnelles ou environnementales.

Mais ne pas reconnaître les troubles praxiques est un risque majeur.

Parce que si l’on ne repère pas la part des troubles praxiques, on peut croire que la personne ne comprend pas, ne veut pas, n’apprend pas, ne choisit pas, ou n’a pas de projet possible. Et c’est souvent à partir de cette mauvaise lecture que l’environnement commence à se réduire : moins de choix, moins d’exigences ajustées, moins d’apprentissages, moins de communication, moins de participation réelle.

C’est là que peut se fabriquer du surhandicap.

Le corps ne montre pas toujours ce que la personne comprend. Et c’est précisément pour cela qu’il faut apprendre à regarder autrement.

Le surhandicap : quand les difficultés s’ajoutent aux difficultés

Le surhandicap peut être défini comme l’aggravation d’une situation de handicap initiale, lorsque des difficultés secondaires viennent s’ajouter aux troubles déjà présents.

Ces difficultés secondaires peuvent être médicales, motrices, psychiques, relationnelles, comportementales, scolaires, sociales ou liées à l’environnement. Elles ne sont pas toujours directement causées par la maladie ou le trouble initial : elles peuvent aussi se construire au fil du temps, quand l’environnement ne comprend pas suffisamment ce qui gêne réellement la personne.

Office québécois de la langue française — Surhandicap
Cairn — Personne polyhandicapée, chapitre sur le polyhandicap

C’est dans ce sens que je parle ici du risque de “fabriquer du surhandicap”.

Les troubles praxiques n’expliquent pas tout, mais ils doivent être recherchés et reconnus

Il ne s’agit pas de dire que les troubles praxiques expliquent tout. Ce serait faux, et cela réduirait des situations souvent très complexes à un seul mécanisme.

Mais dans plusieurs maladies génétiques rares et troubles neurodéveloppementaux, les difficultés praxiques, la dyspraxie, les difficultés de planification motrice ou d’initiation du mouvement sont décrites, observées cliniquement, ou suffisamment probables pour ne pas être mises de côté. C’est notamment le cas dans le syndrome de Rett, le syndrome d’Angelman, les syndromes liés au chromosome 8p, le syndrome de Pitt-Hopkins, le syndrome de Kleefstra ou encore la délétion 22q11.2.

Selon les syndromes, les publications parlent parfois explicitement d’apraxie ou de dyspraxie ; parfois elles décrivent plutôt des difficultés de motricité fine, de coordination, de planification motrice, d’initiation, de parole, de gestes fonctionnels ou d’autonomie quotidienne.

Et c’est précisément le problème : ce n’est pas parce que les troubles praxiques ne figurent pas clairement dans la description d’un syndrome qu’ils sont absents chez les personnes concernées.

Ils peuvent être insuffisamment décrits, peu recherchés, ou intégrés trop vite dans des catégories plus larges comme “défis cognitifs”, “déficience intellectuelle”, “retard global”, “troubles du comportement” ou “manque d’autonomie”. Faute d’une analyse fine de l’accès au geste, à la communication et à la participation, on risque alors de confondre ce que la personne ne peut pas organiser corporellement avec ce qu’elle ne comprendrait pas.

Concernant l’autisme, la formulation doit aussi rester nuancée : on ne parle pas toujours d’apraxie au sens strict, et l’étiologie n’est pas toujours connue. Mais les difficultés motrices, le trouble développemental de la coordination, les difficultés d’initiation ou de planification du geste sont suffisamment documentés pour ne pas être considérés comme anecdotiques. Des travaux récents soulignent notamment le chevauchement important entre les difficultés motrices observées dans l’autisme et celles du trouble développemental de la coordination. Motor problems in autism: Co-occurrence or feature?

On peut également garder en tête certaines situations de paralysie cérébrale. Dans ce contexte, les troubles neuromusculaires, le tonus, la posture, les mouvements involontaires ou les limitations articulaires sont souvent au premier plan. Mais cela ne doit pas empêcher de se demander si des difficultés d’organisation du geste, d’initiation ou de planification motrice participent aussi à ce que l’on observe.

Ce texte s’appuie aussi sur ma pratique d’ergothérapeute auprès d’enfants et adolescents concernés par ces syndromes rares, et sur les échanges avec leurs familles.

L’absence de description fine dans les fiches syndromiques ne doit pas devenir une preuve d’absence.

L’enjeu n’est donc pas d’utiliser l’apraxie comme explication unique, mais de ne pas l’effacer derrière le reste.

Le corps ne montre pas toujours ce que la personne comprend

Quand une personne ne réalise pas un geste attendu, on peut être tenté de regarder uniquement le résultat visible : la main ne part pas, le regard ne se fixe pas, la réponse ne vient pas, le mouvement est incomplet, l’action s’interrompt.

Mais ce résultat visible ne dit pas tout.

Il peut bien sûr exister des difficultés motrices plus directement identifiables : troubles du tonus, faiblesse musculaire, mouvements involontaires, douleur, fatigue, limitation articulaire, troubles posturaux, troubles visuels ou sensoriels. Ces difficultés doivent être prises au sérieux. Elles peuvent, à elles seules, limiter fortement l’accès au geste, au déplacement, aux manipulations ou aux activités du quotidien.

Mais elles ne doivent pas empêcher de penser aussi les troubles praxiques.

Une personne peut avoir suffisamment de force ou de mobilité pour bouger la main, mais ne pas réussir à initier le geste au bon moment.

Elle peut avoir la capacité de regarder, mais ne pas réussir à organiser son regard vers une cible précise dans une situation de demande.

Elle peut avoir déjà réussi une action, mais ne pas pouvoir la reproduire sur consigne, sous pression, ou dans un contexte différent.

Elle peut comprendre ce qui est attendu, mais rester bloquée dans le passage entre l’intention et l’action.

C’est souvent ce décalage qui rend les troubles praxiques si difficiles à reconnaître. De l’extérieur, on observe une absence de réponse, une lenteur, une variabilité, un mouvement qui semble “mal dirigé” ou une action qui n’aboutit pas. Mais de l’intérieur, la personne peut être en train d’essayer, d’anticiper, de chercher comment faire, de lutter contre un corps qui ne répond pas de manière fiable.

Le corps ne montre donc pas toujours ce que la personne comprend.

Il ne montre pas toujours ce qu’elle veut.

Il ne montre pas toujours ce qu’elle sait.

Et il ne montre pas toujours ce qu’elle pourrait faire avec plus de temps, un meilleur appui postural, une demande plus lisible, un environnement moins chargé, une activité plus signifiante ou une autre modalité d’accès.

C’est pour cela que l’observation doit rester prudente. Une performance absente, lente, incomplète ou fluctuante ne suffit pas à conclure à une absence de compréhension, de motivation ou de potentiel.

Quand l’environnement s’organise autour d’une mauvaise interprétation

Le risque commence quand l’environnement prend cette performance visible comme une preuve.

Si la personne ne répond pas, on pense qu’elle ne comprend pas.

Si elle ne fait pas le geste, on pense qu’elle ne veut pas.

Si elle ne réussit pas dans le temps attendu, on pense qu’elle n’a pas le niveau.

Si elle bouge autrement que prévu, on interprète le mouvement comme un refus, une opposition ou un comportement inadapté.

Si elle réussit une fois puis échoue ensuite, on peut penser qu’elle “fait exprès”, qu’elle n’est pas intéressée, que les réussites étaient liées au hasard, qu’elle n’est pas fiable, ou qu’elle ne mobilise pas vraiment ses compétences.

À partir de là, l’environnement peut commencer à se réorganiser autour d’attentes trop basses.

On pose moins de vraies questions.

On propose moins de choix.

On simplifie trop vite les activités.

On réduit les apprentissages.

On fait plus souvent à la place.

On laisse moins de temps, ou un temps qui n’est pas réellement utilisable par la personne.

On évite les situations nouvelles.

On limite les occasions de décider, d’essayer, de se tromper, de recommencer, de participer.

Lorsque des attentes basses sont projetées sur une personne, elles peuvent finir par limiter les occasions proposées, la qualité des interactions, les apprentissages attendus et la performance observée.

La personne n’est alors plus seulement limitée par ses difficultés motrices, sensorielles ou praxiques. Elle est aussi limitée par ce que l’entourage croit possible pour elle.

C’est là que le surhandicap se fabrique.

Non pas parce que les professionnels ou les proches veulent mal faire, mais parce qu’une mauvaise interprétation répétée finit par organiser toute la vie quotidienne : les attentes, les activités proposées, les moyens de communication, les apprentissages, la place donnée dans les décisions, les occasions de participer.

Le problème n’est pas seulement de “mal lire” un geste.

Le problème est ce qui se passe ensuite.

Quand on sous-estime durablement une personne, on construit autour d’elle un monde plus petit que ses possibilités réelles.

L’effet Golem

Ce mécanisme rejoint ce que l’on appelle l’effet Golem : lorsque des attentes basses sont projetées sur une personne, elles peuvent finir par limiter les occasions proposées, la qualité des interactions, les apprentissages attendus et la performance observée.

J’ai découvert ce terme grâce au travail de Marylin Poueyto autour de l’éducabilité. Ses apports aident à comprendre comment les attentes de l’entourage peuvent influencer la communication, la scolarisation et les apprentissages des personnes concernées. Lire ici son article sur l’éducabilité .

Vous retrouverez également en bas de page un webinaire passionnant que nous avons fait ensemble pour l’AFSR au sujet des apprentissages et de la communication.

Conclusion – Reconnaître les troubles praxiques est une nécessité

Reconnaître les troubles praxiques ne veut pas dire exiger davantage sans aide. Cela veut dire chercher plus justement ce qui empêche l’accès à l’action, puis organiser les conditions pour que la personne puisse montrer davantage ce qu’elle comprend, ce qu’elle veut, ce qu’elle pense et ce qu’elle peut apprendre.

C’est une condition essentielle pour éviter de fabriquer du surhandicap.

Les prochains articles poursuivront cette réflexion autour de la communication et de l’apraxie, de la nécessité de présumer du potentiel, puis des pistes concrètes pour soutenir l’accès à l’action, à la communication et à la participation lorsque les troubles praxiques ou d’autres défis moteurs compliquent le passage à l’action. J’espère aussi pouvoir vous partager des vignettes cliniques, expériences de terrain qui ont contribué à construire ma pratique.

Pour aller plus loin :

Article scientifique de référence sur les effets Pygmalion, Galatée et Golem

Babad, E. Y., Inbar, J., & Rosenthal, R. (1982). Pygmalion, Galatea, and the Golem: Investigations of biased and unbiased teachers. Journal of Educational Psychology, 74(4), 459–474.

Webinaire de l’AFSR : Communication et scolarisation : quelles perspectives pour les personnes avec syndrome de Rett ?
Dans ce webinaire, Marylin Poueyto décrit très clairement les effets Golem et Pygmalion sur la communication, la scolarisation et les apprentissages des personnes concernées par le syndrome de Rett. Les notions importantes sont abordées dans la première partie du webinaire, puis les pistes pratiques arrivent ensuite avec notamment la participation de Caroline Fafchamps enseignante belge.

Astuces pratiques pour se mettre en activité

Suite à l’enthousiasme suscité par l’article précédent et aux nombreuses demandes pour aller plus loin, il était clair qu’un second volet s’imposait. Vous étiez nombreux à demander des solutions concrètes, directement applicables au quotidien.

Je me suis donc mise en action 🙂
L’objectif de cet article est simple : proposer des ajustements pratiques pour faciliter l’entrée dans l’activité, à l’école, à la maison ou dans les situations de communication, sans chercher à analyser les causes, mais en offrant des pistes immédiatement testables.

Certaines de ces idées sont issues de la pratique, d’autres de retours de familles et d’enfants, et beaucoup ont déjà fait leurs preuves sur le terrain.

1. Récompenser le démarrage, pas la performance

La récompense porte sur le fait d’avoir commencé :
sortir les affaires, ouvrir le cahier, s’installer, poser la tablette sur la table.

  • Exemple devoir :
    → « Tu as sorti le cahier et le stylo, ok, chewing-gum. »
  • Exemple CAA :
    → tablette sortie et accessible = accès immédiat à une activité plaisante courte.

👉 Commencer compte déjà.

2. Réguler avant de demander

Avant de solliciter l’enfant, il est souvent utile de proposer un temps de régulation bref, afin de faciliter l’entrée dans l’activité.

  • Oral / proprioceptif :
    chewing-gum, aliment croquant (noix de cajou, cracker).
  • Olfactif :
    odeur familière et contenante (parfum connu, odeur de cuisine).
  • Tactile / corporel :
    massage très court (30–60 secondes) avant de commencer.
  • Environnement :
    épurer l’espace, limiter les objets sur la table, réduire les sources visuelles et sonores inutiles, préparer le matériel nécessaire à l’avance.

👉 On cherche à rendre le contexte plus favorable avant le démarrage, plutôt que d’intervenir une fois l’activité lancée.

3. Utiliser la musique comme rituel d’entrée

La musique peut servir de signal de départ.

  • Exemple parlant : « Loup y es-tu ? » pour l’habillage
  • Chanson inventée autour de la tâche
  • Musique d’un dessin animé ou d’un univers apprécié

👉 Ne pas hésiter à rendre ça rigolo et à s’appuyer sur un centre d’intérêt fort.

4. Ne pas être seul à “travailler”

Il est presque toujours plus facile de s’engager quand d’autres sont aussi en activité.

  • Faire la course pour s’habiller
  • Parent qui cuisine pendant que l’enfant fait ses devoirs
  • Enfant qui épluche des légumes pendant que le parent prépare le repas
  • Les odeurs de cuisson peuvent aussi soutenir l’engagement

👉 C’est forcément plus sympa que de devoir travailler seul pendant que les autres s’amusent. Et ça évite aux adultes de s’agacer devant le « temps perdu ».

5. Théâtraliser pour contourner l’opposition

Chez certains enfants, le réflexe d’opposition est très fort.
Le jeu permet parfois de le court-circuiter.

  • Exagérer :
    « Surtout ne prends PAS le stylo… ah non… NON… »
  • Inverser :
    « Bon bah si tu ne le fais pas, je vais le faire moi… »

👉 Le rire et la surprise font baisser le coût émotionnel du démarrage. Et dès fois simplement on mobilise ce besoin de maitrise et d’opposition.

6. Modéliser l’entrée dans la tâche (métacognition)

L’adulte peut montrer comment il s’y prend lui-même.

  • Se mettre à la tâche à côté de l’enfant
  • Verbaliser à voix haute :
    • « J’ai du mal à m’y mettre là… »
    • « Je vais penser au plaisir que j’aurai quand ce sera fini. »
    • « Je mets ma radio préférée avant de plier le linge. »

👉 On montre comment commencer, pas comment réussir.

7. Rendre la fin visible dès le début

Rendre la fin visible permet de réduire fortement le coût d’entrée dans l’activité, en particulier pour les enfants autistes.

Concrètement, cela peut passer par :

  • montrer ce qui est à faire avant de commencer,
  • expliciter quand l’activité s’arrête,
  • limiter volontairement le volume de travail proposé.

Exemples visuels :

  • sortir 4 perles et le lacet, plutôt que poser le seau entier de perles sur la table,
  • présenter uniquement les feuilles ou exercices concernés, pas le dossier complet,
  • disposer sur la table seulement le matériel nécessaire à cette activité.

Exemples de phrases liées aux devoirs :

  • « On fait ces deux phrases et on s’arrête. »
  • « On travaille 8 minutes, puis on arrête quoi qu’il arrive. »
  • « On commence par cette question, le reste sera pour plus tard. »

Il est tout à fait possible de décider à l’avance que l’entraînement durera un temps défini (par exemple 8 minutes), et que l’activité s’arrêtera à la fin de ce temps, même si tout n’est pas terminé.

👉 Nous ne sommes pas obligés de tout finir pour que le travail ait du sens. Le fait de s’être engagé pendant un temps donné est déjà un objectif en soi. Un peu de frustration parce que finalement on appréciait l’activité et le travail peut aussi s’avérer un investissement pour la prochaine fois 🙂

8. Apprendre à estimer le temps

  • Demander : « Tu penses que ça va prendre combien de temps ? »
  • Mettre un chronomètre
  • Comparer ensuite estimation / réalité

👉 Le temps devient plus prévisible et moins envahissant. Cela ajoute un petit défi ou permet de dédramatiser.

9. Clarifier la première action (et seulement celle-là)

  • Pas toute la consigne
  • Pas toute la tâche
  • Juste le premier pas possible

Exemples :

  • devoir → « écris ton prénom »
  • CAA → « pose la tablette sur la table »

10. Utiliser des check-lists et des supports visuels simples

Des check-lists très courtes ou des supports visuels aident à savoir par où commencer.

  • Une liste de 2–3 étapes maximum
  • Des cases à cocher
  • Des objets sortis un par un sur la table

👉 Voir l’étape suivante réduit fortement la paralysie du démarrage.


En résumé

Quand entrer dans une activité est compliqué, il n’y a pas une bonne solution unique. L’idée n’est pas de chercher pourquoi ça bloque, mais d’essayer des astuces, de voir ce qui aide vraiment… et de laisser tomber ce qui ne fonctionne pas.

Certaines stratégies marcheront un jour et moins le lendemain. C’est normal. Ajuster, changer, renouveler permet aussi de maintenir l’intérêt et d’éviter que l’entrée dans l’activité ne devienne un nouveau point de tension

Si malgré tout l’entrée dans l’activité reste difficile, ce n’est pas un échec. Cela peut simplement indiquer qu’il est temps d’observer autrement, de demander un regard extérieur ou d’essayer encore autre chose.

Et souvent, c’est dans ces ajustements successifs que l’engagement finit par devenir possible.

Si le sujet vous intéresse, je proposerai dans un prochain article une liste de phrases que l’enfant pourra utiliser pour décrire ce qui le freine au moment de commencer : des difficultés techniques, des sensations désagréables, des émotions ou des ressentis qui ralentissent ou empêchent la mise en activité.

Entrer dans la tâche : quand le démarrage est le vrai obstacle


Avant même de se mettre dans une activité, certains enfants semblent déjà en difficulté.
Ils savent faire, comprennent ce qui est attendu, mais se lancer est compliqué. Le démarrage traîne, demande des relances, ou se traduit par de l’évitement, de l’agitation, parfois les deux.

Ces situations sont très fréquentes à l’école comme dans la vie quotidienne. Elles sont encore plus visibles chez les enfants avec un TDAH, un trouble du spectre de l’autisme ou des défis multiples, pour qui commencer représente souvent un effort en soi.

On parle alors facilement de manque de motivation ou d’attention. Pourtant, bien souvent, le vrai obstacle n’est pas l’activité elle-même, mais le moment où il faut s’y mettre.

Mieux comprendre ce qui se joue à ce moment-là permet d’ajuster les aides autrement et de soutenir un engagement plus réel, sans faire à la place.


1. Ce que les adultes observent

Dans de nombreux contextes scolaires et éducatifs, on retrouve les mêmes constats :

  • lenteur à commencer
  • évitement ou agitation
  • besoin d’être relancé en permanence

Ces comportements sont souvent interprétés comme un manque de motivation ou d’attention.


2. Ce qui se joue réellement au moment du démarrage

Entrer dans une tâche mobilise simultanément :

  • la compréhension de ce qui est attendu
  • l’organisation de l’action
  • l’anticipation de l’effort à fournir

Pour certains enfants, ce coût initial est particulièrement élevé, même lorsque les compétences sont présentes.


3. Un décalage fréquent entre « savoir faire » et « pouvoir commencer »

Il n’est pas rare d’observer que :

  • l’enfant réussit une fois engagé
  • la qualité du travail est meilleure après le démarrage

La difficulté principale se situe alors avant l’action, au seuil de l’activité.


4. Les réponses adultes spontanées… et leurs limites

Face à ce blocage initial, les adultes ont tendance à :

  • répéter la consigne
  • guider physiquement, parfois jusqu’au main sur la main
  • simplifier excessivement la tâche

Ces aides permettent parfois de produire, mais ne facilitent pas toujours l’entrée autonome dans l’activité.


5. Simplifier les composantes les plus coûteuses

Faciliter l’entrée dans la tâche passe souvent par une réduction ciblée du coût, en particulier sur les composantes les plus exigeantes :

Accès moteur
Positionnement, stabilisation, réduction de l’amplitude ou du nombre de gestes nécessaires pour initier l’action.

Accès visuel
Lisibilité, contraste, réduction des distracteurs, organisation claire de l’espace.

Accès cognitif
Clarification de la première action attendue, repères temporels simples.

👉 Ces ajustements sont souvent nécessaires, mais pas toujours suffisants :
un accès moteur ou visuel facilité n’entraîne pas automatiquement l’engagement.


6. Faciliter l’entrée dans la tâche sans faire à la place

Il est possible de soutenir le démarrage en :

  • clarifiant explicitement la première action attendue
  • réduisant la charge cognitive au moment de l’entrée
  • laissant un temps de latence suffisant
  • proposant des modalités d’entrée variées (oral, pointage, outil de CAA)

7. Coût, plaisir et engagement

Lorsque le coût perçu est trop élevé, l’engagement chute.
À l’inverse, des activités ancrées dans les centres d’intérêts permettent :

  • d’augmenter le plaisir
  • de soutenir l’initiative
  • de rendre l’effort acceptable

Cela est valable à l’école comme dans l’utilisation d’un outil de CAA.


8. Ce que cela change pour la participation

En facilitant l’entrée dans la tâche :

  • l’enfant s’engage plus volontiers
  • la communication devient plus spontanée
  • les compétences peuvent réellement s’exprimer

La participation précède alors la performance.


Le rôle de l’ergothérapeute

Lorsqu’une difficulté à entrer dans l’activité persiste, le rôle de l’ergothérapeute est d’aider à comprendre ce qui freine le démarrage, au-delà de ce qui est visible.

Cela passe par une évaluation globale : les aspects moteurs, visuels et cognitifs, mais aussi le mode d’apprentissage, l’efficacité dans les occupations du quotidien et l’influence de l’environnement. L’objectif est de repérer où se situe réellement le coût : dans l’action elle-même, dans la compréhension, dans l’organisation, ou dans le contexte.

À partir de cette analyse, l’ergothérapeute identifie des leviers concrets : s’appuyer sur les centres d’intérêts, valoriser les compétences déjà installées, choisir des aides techniques pertinentes, ajuster l’environnement pour rendre l’entrée dans l’activité plus accessible.

L’entraînement se fait ensuite au travers d’activités signifiantes et significatives, permettant de tester, d’ajuster et de consolider ces stratégies dans des situations réelles. Progressivement, la personne comprend mieux son propre fonctionnement, et l’entourage dispose de repères plus clairs pour soutenir l’engagement au quotidien.


Quand l’entrée dans une activité est difficile, ce n’est ni une question de volonté, ni un manque de compétences. C’est souvent le signe que le coût pour commencer est trop élevé dans ce contexte précis.

Et parfois, malgré des ajustements bien pensés, ça continue de bloquer. Dans ce cas, ne restez pas seul·e avec ces questions. Un regard extérieur peut aider à y voir plus clair et à trouver des solutions adaptées.

Si vous en ressentez le besoin, n’hésitez pas à en parler avec votre ergothérapeute préféré. Ensemble, il est souvent possible de rendre le démarrage plus accessible… et l’engagement plus naturel.

Et si vous souhaitez en savoir plus et approfondir le sujet voici un article au sujet de la procrastination des enfants que j’aime bien : https://www.foothillsacademy.org/community/articles/lets-get-started


Préparer Noël avec un Podcast : des cadeaux pré écriture avec Josiane Caron Santa, ergothérapeute canadienne.

Josiane est une ergothérapeute canadienne qui a à coeur de faire connaître notre profession en pédiatrie mais aussi les bonnes pratiques, techniques, ress ources pour tous les enfants. Elle anime un Podcast Bouger pour Grandir adressés à toutes les personnes entourées d’enfants, professionnels ou familles. Les sujets abordés sont variés comme le yoga en ergothérapie, apprendre à taper au clavier quand on a un TDC (Troubles de la coordination), les troubles de l’oralité, elle parle « ergothérapie de famille » .

Pour ce mois de décembre elle nous réjouit avec un épisode pas très long avec des idées cadeaux pour favoriser une bonne préparation à l’écriture . Elle présente ce qu’est une bonne préparation à l’écriture. Elle détaille bien toutes les compétences engagées et elle propose des jeux, des jouets pour travailler les compétences sensori motrices. Du tunnel aux objets vibrants pour les mains (on a eu la même idée 🙂 ), en passant par la pâte à modeler de toutes les couleurs, textures et odeurs elle a dit ! Biensûr n’oublions pas les chevalets et tableaux blancs pour faire lever le bras et travailler les épaules.

Et le mieux ? C’est qu’à la fin elle fait une EXCELLENTE démonstration de comment créer des activités adaptées à nos objectifs en utilisant les centres d’intérêts passionnés d’un enfant. Et oui, qu’offrir et comment en profiter pour bouger si votre enfant est fan de GORILLES ? Alors si vous êtes concernés par ces centres d’intérêts passionnés n’hésitez pas ce Podcast est aussi pour vous.

Pour compléter, il y a le podcast de l’année dernière avec des idées pour des cadeaux qui font bouger à tous les âges. Et même un PDF à télécharger pour avoir une liste d’idées par âge. Je vais m’en servir pour mes neveux et nièces 🙂

Et biensûr tous les podcasts de la chaîne 🙂

Et si comme moi vous êtes fans de podcast retrouvez ma sélection de podcasts pour adultes ici.

Et pour les enfants pleins de livres audios et de podcasts ici. Je suis sûre que vous y trouverez des idées cadeaux aussi !

Préparer Noël : une activité inclusive avec le jouet SpinArt

J’en ai parlé à la fin du webinaire de Noël l’AFSR pour ceux qui étaient en direct, et je cite son utilisation possible pour remplacer le main sur la main dans l’article pour la gazette Rett alors voici comme promis l’article sur mon achat préféré de cet automne 🙂

Grâce à une machine SpinArt achetée sur Amaz*n pendant le BlackFriday reliée à un contacteur , nous avons préparé de jolies cartes en famille.

Voici la machine que j’ai achetée. Je l’ai prise en bleu mais elle existe aussi en violet/rose.

La machine tourne très fort, l’utilisation est facile. L’ajout du contacteur permet de rendre l’activité accessible aux personnes avec défis moteurs important. Voir la feuille tourner est fascinant.

Nous l’avons utilisé pour l’anniversaire des 6 ans de mon petit dernier. C’est une activité qui a plu aux enfants garçons et filles. L’ajout du contacteur permet d’occuper 2 enfants. Un qui appuie pour faire tourner et un qui verse les couleurs.

Pour un utilisateur d’outil de Communication Alternative et Améliorée comme pour chacun on fera choisir la FORME de la carte, la TAILLE de la carte, les COULEURS de peinture mais aussi la PERSONNE à qui l’offrir et le message FELICITATIONS, JOYEUX NOËL, BON ANNIVERSAIRE à écrire au dos.

Petit tuto photo de la manière dont je l’ai adaptée à l’utilisation par contacteur.

Vous pourrez acheter le câble adapteur sur le site Hoptoys. Ici .

Pour les contacteurs ici une page avec un comparatif.

Et ici l’article vous montrant les petits derniers vendus en lot par Logitech.

Pour un autre jeu de Noël je vous recommande le très mignon Little Coopération qui parle de banquise et d’animaux Arctique.

Préparer Noël avec les calendriers de l’avent CAA

La fondation HappyCap une fondation dont j’aurais l’occasion de vous reparler car je suis bénévole pour eux notamment dans le cadre des groupes HappyCAA simplement nous gâte cette année !!!

Un calendrier de l’avent avec des idées CAA que ce soient des activités, des livres à partager avec notre entourage pour parler de la CAA, des idées de film de Noël avec un tableau de conversation à télécharger !

Mention particulière à toutes les recettes 🙂 chocolatée et à la fiche toute prête pour la lettre au Père Noël !

Bref une multitude de ressources pour enrichir la magie de Noël, merci à toutes les contributrices !!!

A signaler il y avait déjà un calendrier de l’avent papier l’année précédente avec des idées de petites activités pour chaque jour. J’ai donné mon exemplaire aus Journées de l’AFSR cette année et pour le moment je ne retrouve pas où le télécharger mais si vous l’avez chez vous c’est le moment de le ressortir aussi 🙂

Et la prochaine fois rendez vous sur le blog de CAApables pour autre calendrier de l’Avent 🙂

Bons préparatifs !!!

Préparons Noël : Un jeu de société Little Coopération

C’est l’un des premiers jeux reçu par mon ainée alors qu’elle avait 2 ans et demi. J’y joue donc depuis 12 ans. D’abord avec mes enfants, mes neveux et nièces puis maintenant avec les enfants que j’accompagne.

Conçu avec des animaux très mignons en plastique doux et un dé facile à prendre en main, le concept est simple, les animaux veulent aller à une fête (qui n’aime pas faire la fête ?), ils doivent traverser le pont, le dé nous donne quelques règles.

Il y a un tout petit peu de suspens : Le pont s’écroulera t’il ? Le jeu est court, quelques minutes, les joueurs jouent chacun leur tour mais normalement tout le monde gagne à la fin. C’est en effet un jeu coopératif.

Idéal pour faire découvrir les jeux de dé, apprendre à lancer et lire un dé, jouer à son tour et respecter les premières règles. Il plait même à des enfants plus grands.

Pour les personnes ne pouvant pas lancer des dés et utilisateurs de moyens d’accès alternatifs à l’ordinateur il est possible de programmer des « dés » dans les logiciels de CAA.

Exemple ici dans Mind Express 5 :

J’ai adapté un ensemble de pages pour lancer ce dé dans le logiciel Mind Express à partir d’un modèle générique de l’éditeur Jabbla. Vous pouvez le trouver dans les fichiers du groupe Facebook Mind Express.

J’espère pouvoir intégrer cette fonction dans les PODD électronique 15 et 60 pour ceux qui n’auraient que des versions Docklock.

J’ai également intégré cette fonction vocabulaire aléatoire dans une Grid pour le logiciel Grid 3 sur le modèle de SuperCore 30 que je mettrai dans les fichiers du groupe d’utilisateurs sur Facebook.

Un peu de vocabulaire et une case interactive pour simuler le lancer du dé.

Des ensembles de pages billingues trillingues multilingues sur Grid 3.

Les personnes billingues sont la majorité dans le monde. Au Luxembourg où je travaille le multilinguisme est la norme. Il est donc important que les utilisateurs d’outils de communication alternative et améliorée (CAA) ait accès à toutes les langues parlées autour d’eux.

Nous penserons aussi aux enfants qui dès la maternelle participent à des initiations à l’anglais ou à l’allemand de manière hebdomadaires.

L’ensemble SuperCore50 dans le logiciel Grid 3 ou l’application GridpourIpad est disponible dans de nombreuses langues.

Voici comment relier 2 ensembles de pages de langues différentes. Pensez à préparer un bouton pour revenir à l’ensemble de pages initiales.

Le vocabulaire devra biensûr être personnalisé dans les 2 (3, 4, 5, 6) langues.

On regrettera peut être que Grid ne permette pas le véritable « code switching » qui permet aux personnes multilingues de commencer une phrase dans une langue et de la terminer dans une autre.

Si vous voulez en savoir plus sur le multilinguisme en CAA, à venir un sur le site HappyCAA auquel j’ai contribué avec des familles utilisatrices qui est très bien fait 🙂

En utilisation :